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À Bagneux, un stage pour trouver sa propre voix

Pendant cinq jours, encadrés par des intervenants confirmés venus de l’univers du hip hop, ces adolescents ont laissé libre cours à leur créativité. Photo : CD92/Julia Brechler

Durant l’été, le Département a enrichi son offre d’activités sportives, culturelles et solidaires pour les jeunes de 11 à 25 ans. Exemple à Bagneux avec un atelier d’écriture et de composition hip-hop.

Plan vacances jeunes été 2020

Le porté de micro est encore un peu hésitant et la timidité transparaît dans leur voix. Un par un, les apprentis rappeurs s’avancent sur scène, encouragés par Yoshi Di Original, pour qui le live est une seconde nature. Beaucoup se produisent pour la première fois en public. « Allez, on ne se met pas la pression, n’ayez jamais peur d’essayer, c’est mieux que de ne rien faire », encourage le rappeur. Les enceintes de la salle polyvalente de l’espace Marc-Lanvin diffusent des boucles aux résonances trap, aux basses puissantes. Guidés par Ryadh, chanteur et compositeur, ces jeunes âgés de douze à seize ans les ont eux-mêmes composées. « On essaie de partir de ce qu’ils aiment pour le reproduire, en mieux ! Ça n’a rien à envier à ce que l’on peut entendre à la radio », explique le chanteur, dont l’ordinateur portable contient tout un orchestre. Une quarantaine de jeunes ont bénéficié pendant cinq jours des conseils de ces deux spécialistes pour apprendre à rapper comme des pros. Ce stage est venu se glisser au milieu du programme déjà dense du centre de loisirs municipal, entre danse africaine, arts plastiques, concours masterchef, qui diffuse partout ses effluves appétissants, atelier radio… Il s’inscrit dans le Plan vacances du Département, destiné aux jeunes de 11 à 25 ans. « Compte tenu du confinement qu’ils ont vécu, ce n’est pas un été comme les autres, ils sont plus nombreux à rester à la maison. En plus des actions existantes, départementales ou locales, nous avons voulu leur proposer des activités inédites. Le mot clé de notre démarche c’est ”plus”, plus de sport, plus de culture, plus de solidarité », explique Nathalie Léandri, vice-présidente du Département en charge des affaires et des constructions scolaires. Des mesures qui devraient trouver leur prolongement cet automne dans un plan jeunesse départemental.

Combattre les clichés

Déjà intervenue auprès du Département dans le cadre du parcours d’éducation artistique et culturelle « Éteignez vos portables », l’association Les Portes de l’Exil, spécialisée dans la promotion des musiques actuelles, du hip-hop au jazz, aura proposé ce stage sur plusieurs sites alto-séquanais cet été.  « L’objectif n’est pas de créer des stars mais plutôt d’utiliser la culture hip-hop pour rompre avec leur angoisse de la page blanche et libérer leur créativité », précise Francis-Gaël Grommier, son directeur qui a fait appel à deux intervenants « déjà bien référencés dans leur domaine ». Demi-finaliste de The Voice cette année, Ryadh est passé maître dans l’emploi de logiciels de musique assistée par ordinateur. Quant à Yoshi, champion d’improvisation hip-hop, il s’est fait depuis longtemps et au fil des albums, un nom sur la scène française. « J’essaie de transmettre ma passion et ma vision sans l’imposer, car nous ne sommes pas de la même génération, nous n’avons pas forcément les mêmes références, le trap, qu’ils écoutent beaucoup, présente des rythmes plus lents que ce que j’ai connu. » Pour leur apprendre à placer leur voix en rythme, il organise des ateliers de beatboxing (boîte à rythme humaine, Ndlr). Sur les thèmes abordés, l’objectif de cet amateur de rap à l’ancienne et de groupes comme Fab ou IAM, a été « de faire s’écarter ces jeunes de la routine. Le quartier, la police, la drogue, ce n’est pas leur vrai univers. Surtout à 12 ans ! Il ne faut pas qu’ils s’enferment dans le cliché du jeune de cité. Je leur répète souvent que ce n’est pas en faisant la même chose que les autres qu’ils vont faire un million de vues sur YouTube ». Si la route est encore longue jusqu’au studio et au clip, à l’issue du stage plusieurs d’entre eux ont gardé contact avec leurs mentors, les plus motivés repartant avec des astuces pour continuer à composer sur des logiciels libres. « J’en ai deux qui ont particulièrement accroché, maintenant qu’ils ont le logiciel, je pense que tous leurs copains vont leur réclamer des instrus », sourit Ryadh. Pour les textes, rien de plus simple : un papier et un stylo, un ordinateur ou même un téléphone portable, moderne bloc note, leur suffiront à poursuivre cette quête d’eux-mêmes.

Pauline Vinatier

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