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Le culte de la performance énergétique

CD92/Stephanie Gutierrez-Ortega

Le Département investit massivement dans la rénovation de ses collèges publics, pour lesquels ont été passés plusieurs contrats de performance énergétique. Objectif : un gain de 30 % à l’horizon 2024.

Malgré son poids, le cube a été soulevé comme une plume par la grue télescopique et déposé à son emplacement exact sur le toit du collège Théophile-Gautier, à Neuilly-sur-Seine. La roue centrale de sa machinerie signale une ventilation double flux, plus efficace que les précédentes. « Elle récupère la chaleur pour la réinjecter dans les classes, ce qui évite de réchauffer deux fois l’air. Ce système permet de récupérer 75 % de l’énergie auparavant rejetée au dehors », explique Nicolas Le Goff, chef de projet « Contrat de performance énergétique » chez Engie, qui conduit des travaux de rénovation énergétique dans plusieurs collèges des Hauts-de-Seine depuis cet été et pour trois ans. 

Les travaux en cours, pour trois ans, dans soixante-deux premiers collèges ciblent les systèmes de chauffage, d’éclairage ou de ventilation. Dans les établissements restants, ils viseront l’amélioration du bâti.©CD92/Stéphanie Gutierrez-Ortéga

Avec 170 kilowattheures consommés au mètre carré, soit 15 % de plus que la moyenne nationale, les performances des collèges publics ne décrochaient jusqu’ici qu’une étiquette C dans la classification énergétique. Le chauffage pèse pour moitié dans cette addition, suivi de près par les consommations électriques, parmi lesquelles l’éclairage et la ventilation… En réponse à ces résultats médiocres, le Département a élaboré une ambitieuse stratégie énergétique qui n’épargnera aucun des quatre-vingt-treize collèges dont il a la gestion directe et vise à l’horizon 2024 une réduction des dépenses énergétiques de l’ordre de 30 %. Cinq cent soixante-dix millions d’euros seront investis. « Les collèges représentent deux tiers du parc départemental et la moitié des consommations de fluides. C’est à eux qu’il fallait d’abord s’attaquer, d’autant que d’un bâtiment à l’autre, le fonctionnement est comparable », explique Cyril Roussel, chef de projet « Contrat de performance énergétique » au Département. Cette stratégie d’efficience répond par ailleurs à des exigences règlementaires renforcées qui imposent des seuils croissants de réduction des consommations aux bâtiments tertiaires, à l’horizon 2030 puis 2050. « Les CPE vont faire baisser nos coûts énergétiques, en garantissant des niveaux de confort et de service identiques voire supérieurs aux élèves et aux personnels des collèges », résume Cyril Roussel. Pour tenir au mieux la trajectoire de réduction, un nouvel outil fait son entrée dans la panoplie du Département : les contrats de performance énergétique (CPE), expérimentés avec succès dans six collèges entre 2012 et 2019, qui regroupent au sein d’une équipe unique concepteurs, constructeurs et chargés de maintenance des équipements, le tout pour une durée relativement longue. « Ce format impose aux prestataires d’intégrer les problématiques de sobriété énergétique et de facilité de fonctionnement dès la genèse des projets. Un autre atout est l’obligation de résultat puisque la performance figure dans l’objet même du contrat », explique Cyril Roussel. Ainsi pour chaque bâtiment, l’évolution des consommations sera suivie au moyen de compteurs positionnés aux endroits clés. En cas de non atteinte des valeurs cibles, des pénalités sont prévues. 

Pilotage à distance

Soixante-deux collèges bénéficient de deux premiers CPE pour 2018-2031, qui visent avant tout les systèmes de chauffage, d’éclairage ou encore de ventilation. Dalkia s’est vu confier trente et un collèges du sud du territoire, le second lot revenant à Engie, au nord. La phase de travaux, sur trois ans, se déroule essentiellement pendant les vacances scolaires. « Nous essayons de répartir l’effort, en prenant en compte la surface et la vétusté des lieux. Même les établissements les plus récents ont des marges d’amélioration. Certaines technologies, encore très chères il y a quelques années, sont devenues plus accessibles comme les LED ou les chaudières à condensation », remarque Nicolas Le Goff. Le Département demande aussi aux prestataires des efforts de pilotage énergétique : « prendre en compte les périodes d’inoccupation des classes et ne pas surchauffer en présence des élèves, doser les éclairages, éteindre les appareils en veille. Rien qu’avec des efforts de pilotage, on peut obtenir jusqu’à 15 % de réduction ». L’évolution des systèmes, de plus en plus intelligents, permet désormais ce niveau d’exigence. Ainsi, dans les trois ans, le pilotage à distance des installations de chauffage depuis une plateforme ou cloud informatique sera généralisé pour le nord du territoire : « Le chauffage est la plupart du temps déjà modulé sur les plages d’occupation du collège. Ce qui change c’est que désormais, en cas de circonstances inhabituelles, le technicien sera en capacité d’adapter le fonctionnement à distance depuis un ordinateur ou une tablette », explique Nicolas Le Goff. Technologie qui est un peu, à grande échelle, l’équivalent de la domotique, grâce à laquelle chacun, d’un tapotement sur son smartphone, peut désormais mettre les pièces de sa maison à bonne température. 

©CD92/Stéphanie Gutierrez-Ortéga

Agir sur l’enveloppe

À partir de 2020, cette première vague de CPE s’articulera avec une seconde génération de contrats ciblant, cette fois, le bâti de vingt et un nouveaux collèges : menuiserie, isolation et travaux d’étanchéité. Les dix collèges restants, parmi les plus anciens, ne seront pas compris dans les CPE mais le Département prévoit de mettre à profit des opérations de rénovation ou de réhabilitation lourdes pour agir en même temps sur leur efficacité énergétique. « Les reconstructions à neuf qui respectent les derniers standards énergétiques débouchent sur des bâtiments plus fonctionnels. Par rapport à l’existant, le neuf est 40 % plus performant. » Jusqu’alors contrastées, au terme de cette stratégie énergétique globale, les performances des quatre-vingt-treize collèges seront harmonisées. « Dans un premier temps, l’objectif est d’arriver à plus de sobriété, à réduire les besoins. Ce n’est qu’à cette condition qu’une réflexion sur des bâtiments positifs, producteurs d’énergie et plus économes encore, sera un jour possible », conclut Cyril Roussel. En attendant, d’ici à 2024, 2,3 millions seront déjà économisés sur les 6,5 millions d’euros de dépenses annuelles en fluides. 

Pauline Vinatier

 

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