Musicien et vidéaste, l’artiste sera le 11 juillet sur la scène du festival Chorus à La Seine Musicale pour présenter son univers singulier qui mêle le son et l’image.

Sous les mansardes du studio de musique, les romans et les livres sur les oiseaux sont empilés à côté des claviers et des ordinateurs. Pénétrer dans l’univers de Christophe Chassol, c’est entrer dans un monde où toutes les cultures et toutes les sciences se valent, où les mathématiques ont autant leur place que la poésie. Formé au classicisme du conservatoire dès l’âge de quatre ans puis à l’école américaine de Berklee, ce pianiste, fils d’un saxophoniste amateur, a su sortir des sentiers battus pour proposer une musique hybride et unique. Chez lui, le son et l’image s’entrecroisent dans des « ultrascores », des vidéos où chaque son est décortiqué et mis en musique, comme une sorte d’harmonisation du réel. En ce moment, il travaille par exemple sur les chants d’oiseaux. « L’idée est de leur donner toute leur profondeur. On peut ensuite changer les accords derrière, ce qui va donner un autre aspect, une autre réalité. » Pour cela, il peut compter sur sa « bonne oreille relative » qui lui permet de « solfier », c’est-à-dire mettre une note sur n’importe quel son du quotidien. « Ça me donne un point de repère dans plein de situations car je sais directement quoi jouer et dans quelle tonalité. »

Cinéphile

En 1989, alors qu’il n’a que treize ans, son père lui ramène un premier ordinateur avec les « bons » logiciels. « J’ai alors importé des films et commencé à comprendre que je pouvais  » maltraiter  » leur son comme de la musique. Je me suis habitué à sampler, étirer, coupler… » En 2005, apparaît la révolution YouTube et son gigantesque catalogue de vidéos. Chassol est alors à Los Angeles pour expérimenter de nouvelles choses en musique ; il trouve sur la plateforme un terrain de jeu quasi infini. « J’ai pu importer tout ce que je voulais comme des interviews de réalisateurs, des extraits de films. Tout son était devenu intéressant. » Dans son univers très visuel, rien d’étonnant à ce que la matière première soit celle du septième art. Au début de sa carrière, il a composé des musiques de films. « C’est ce que je voulais faire depuis l’âge de 15 ans. Petit, je regardais West Side Story dans lequel la synchro est dingue. Puis ado, des musiques de films m’ont retourné la tête comme celles de La Tour infernale ou de Le Bon la Brute le Truand. J’aime cet exercice au service d’un réalisateur qui fait relativiser la toute-puissance de l’artiste. » Chassol se fait peu à peu connaître et collabore avec des artistes comme Sébastien Tellier, Phoenix, Solange ou Frank Ocean.

Mon dernier album est une boîte très bien construite et un peu labyrinthique, pas faite pour perdre mais pour observer le mécanisme.

Ludique

Alors que ces précédents albums étaient marqués par le voyage – à la Nouvelle-Orléans pour Nola Chérie, en Inde pour Indiamore, en Martinique pour Big SunLudi, sorti l’an dernier, s’attaque au jeu. Cet érudit de la musique est allé chercher son inspiration dans des livres comme Le Jeu des perles de verre, un roman d’Hermann Hesse qui évoque un jeu faisant appel à tous les champs de la culture et de la science. « Il n’est jamais décrit dans l’ouvrage donc j’ai imaginé à quoi il pouvait ressembler. J’ai compris que ce jeu pouvait me donner beaucoup de matière à filmer et à harmoniser. » Pour agencer le tout, Les Jeux et les hommes, un livre de Roger Caillois, va l’aider à classifier le jeu en quatre catégories : la compétition, le hasard, l’imitation et le vertige. Au fil des trente-trois pistes, Chassol explore donc toutes ces facettes du ludique et filme et met en musique une partie de basket, une interview de la « Beyoncé japonaise » Crystal Kay, un tour de grand huit ou une cour de récré à Puteaux pour capter les jeux de mains et les comptines des enfants. Déroutants et sans lien apparent à la première écoute, les morceaux et leur agencement prennent tout leur sens une fois liés à l’image. « Ludi est à la fois un film, un live et un disque qui a vocation à être écouté et regardé. On voit les points de synchronisation entre les images et la musique, des motifs déclinés dans d’autres tonalités et d’autres rythmes qui parsèment le film. C’est une boîte très bien construite et un peu labyrinthique, pas faite pour se perdre mais pour observer le mécanisme. »

Dialogue

Cette musique en 3D prend tout son sens en live où Chassol retrouve son binôme, le batteur Mathieu Edward. « Il y a de la télépathie entre nous : on se connaît tellement qu’on ne se regarde même plus sur scène. » En direct, le duo rejoue la bande originale d’une vidéo qui défile sur le grand écran. « Le public me dit souvent qu’il fait des va et vient entre l’écran, moi et le batteur. » C’est donc à un dialogue à trois que le spectateur est invité à assister, en juillet prochain à Chorus. n

Mélanie Le Beller
Le 11 juillet à La Seine Musicale. www.chassol.fr

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