Le metteur en scène devient le cinquième directeur du centre dramatique national des Amandiers de Nanterre, alors que s’ouvre un vaste chantier de reconstruction.

Il aurait aimé être sculpteur, pour la passion de l’espace et du savoir-faire : « J’aime les métiers, les outils, je suis né avec, on m’a appris à souder, à scier droit, à ne pas casser les lames de scie. On m’a appris que le geste et les mots étaient nécessaires à la réussite de l’œuvre. Pour moi, un métier, ce sont des outils ; s’il n’y a pas d’outils, ce n’est pas un métier, c’est un emploi. » Acteur chez Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil, il ne s’imaginait pas metteur en scène : « Ariane était le Soleil, et il n’y a pas deux soleils dans le ciel. Mais il y a des moments dans la vie où quelque chose se retourne à l’intérieur de nous sans que l’on en soit vraiment conscient. J’ai eu au commencement la chance de voir Giorgio Strehler travailler. J’ai pensé : c’est ce métier-là que je vais faire. Je croyais parler du métier d’acteur, mais inconsciemment je parlais de celui de metteur en scène. »

Un art collectif

Après avoir été directeur du Théâtre du Peuple à Bussang dans les Vosges, du Théâtre Gérard-Philipe à Saint-Denis et du Théâtre du Nord à Lille, Christophe Rauck prend la direction d’un théâtre emblématique en pleine restructuration. Les tâches et les contraintes d’une direction ne seraient donc pas incompatibles avec l’artistique ? « Pour moi, c’est la même chose. Comme acteur, j’ai toujours travaillé avec des metteurs en scène qui avaient leur théâtre. Comme un plombier a son entreprise. La question du métier et du savoir-faire est primordiale dans la direction d’un théâtre, cela donne du sens à ce que je fais, cela s’inscrit dans un projet politique, au sens premier : la ville, la cité. La mise en scène est un projet d’ensemble, un art collectif. Comment accueillir le public, comment les différentes intelligences qui traversent le théâtre peuvent enrichir une ville, un territoire, des habitants. » Un projet collectif qui place haut l’intérêt envers les publics, dont les habitants de Nanterre. « Tout le monde se rend compte que le public éloigné est autant dans les cités que dans les grandes entreprises : les cadres supérieurs ou les employés ne viennent pas plus au théâtre. Nous ne sommes pas sur un seul faisceau de public, il faut ouvrir et faire résonner la “musique” des Amandiers à des endroits qui n’ont peut-être jamais entendu ce chant-là. Autant du côté des entreprises que du côté des habitants. »

Premier chapitre, nouvelle histoire

Christophe Rauck, 58 ans, dit souvent avoir fait aux Amandiers son école de spectateur avec les mises en scène de Patrice Chéreau. Comme directeur de théâtres, il aura été plusieurs fois à l’initiative de travaux importants. Ce sera la première fois qu’il sera, si l’on ose dire, de l’autre côté des échafaudages. Qui plus est dans un lieu mythique. Le défi supplémentaire de passer par le « sas » d’un théâtre éphémère pendant la reconstruction et d’écrire le premier chapitre d’une nouvelle histoire semble lui donner une liberté nouvelle. « Depuis la création du Centre dramatique national, les Amandiers n’ont connu que quatre directeurs : Patrice Chéreau, Jean-Pierre Vincent, Jean-Louis Martinelli et Philippe Quesne. Quand on arrive dans ce théâtre et dans cette histoire, il y a toujours les fantômes et les paroles des uns et des autres qui nous tombent dessus. Je me suis dit que la transition allait nous permettre aussi de regarder cette histoire, d’en apprécier chacune des singularités, et de s’en enrichir sans être obligés d’en porter le poids. On va entrer dans un nouvel espace. Or nos vies et nos souvenirs sont reliés à nos espaces. S’inscrire dans un nouveau geste architectural nous permet de nous projeter vers un futur inconnu. »

Prochaine génération

Rajeunir le public est une nécessité que Christophe Rauck n’entend pas conduire à sens unique : « Je pense que les différentes générations sont nécessaires parce qu’elles se traversent. Nous ne devons en rien nous démarquer d’une génération, parce que tout d’un coup ce serait fragmenter une partie de la société. » Cependant la transmission est un axe majeur de son projet pour Nanterre-Amandiers qui intègre L’Atelier, une école de jeunes acteurs. « L’idée est d’essayer de donner les mots aux jeunes acteurs afin qu’ils se construisent une boîte à outils qui leur permettra de tenir leur métier. Mettre l’école au cœur du projet d’un centre dramatique national, c’est y installer la jeunesse. Elle fait bouger les choses, elle est contagieuse, elle nous contamine et moi le premier. » 

Didier Lamare
Photo : © DR
Premiers spectacles dans le théâtre éphémère : Das Weinen (Das Wähnen) d’après Dieter Roth, mise en scène Christoph Marthaler, du 6 au 10 octobre ; Henry VI, de Shakespeare, sortie de promotion de l’École du Nord, mise en scène Christophe Rauck, du 15 au 24 octobre.
nanterre-amandiers.com

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