Eroded Bust of Zeus de Daniel Arsham. CD92/Julia Brechler
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Extases de plein air

La quatrième saison des Extatiques renoue avec l’idée d’extase sur deux parcours d’art contemporain proposés par le Département et Paris La Défense. À découvrir jusqu’au 3 octobre.

L’extase amoureuse vue par Stéphane Thidet à La Seine Musicale.© CD92/Julia Brechler
 

L’année 4 des Extatiques revient aux fondamentaux et à l’origine du mot « extase » : être légèrement en dehors de soi et regarder le monde, et nous avec, un peu différemment. Ça ne peut pas mieux tomber au sortir d’une époque chamboulée qui a mis les arts aux arrêts. « Comment peut-on rêver à nouveau, retrouver humanité et humilité, couleur et sensibilité dans le tissu urbain ? Comment le public peut-il retrouver un état d’extase, une émotion ou un moment de questionnement face à une œuvre ? » s’interroge le directeur artistique, Fabrice Bousteau avec qui il est vite question d’exaltation, d’enthousiasme, d’euphorie dans sa sélection de quatorze artistes. C’est dans la rencontre – inattendue, éclatante ou intérieure – entre le passant et l’œuvre que se tient l’essence des Extatiques et de leur pas de côté sur le chemin de l’ordinaire.

Terrain de jeu minéral, l’esplanade de Paris La Défense accueille une dizaine d’œuvres. Le rapprochement décalé – qui n’est pas ici un tic de langage mais une autre manière de concevoir l’extase – entre des œuvres souvent monumentales et les tours qui le sont toujours suggère une nouvelle fois un regard différent sur ce paysage quotidien pour des centaines de milliers de personnes. La Maison à l’envers de Jean-François Fourtou, dont le titre dit l’essentiel de son excentricité, semble faire un clin d’œil architectural à notre époque sens dessus dessous. Jouant avec le plein et le vide, les reflets et la quadrature du cercle; Cube Sphere Gold de Cyril Lancelin sculpte une « Petite Arche » précieuse à notre échelle. Avec Awakening, Luka Fineisen nous éveille à la physique des particules. Johan Creten – un familier du territoire puisqu’il a beaucoup travaillé la matière céramique à la Manufacture de Sèvres – pose en bronze une troublante question qui relève chez lui d’un souvenir de fièvre : Why does strange fruit always look so sweet ? S’il y avait une médaille de l’inattendu, elle serait probablement décernée au Fouet géant – un ustensile de cuisine de près de huit mètres de haut ! – dressé là par Alain Passard, chef aux trois étoiles Michelin, dont on ignorait ce talent-ci : « en cuisine, le fouet est un objet étonnant, écrit-il comme on l’écrirait d’un outil dans l’atelier d’artiste. Prolongement des doigts, mobile et léger, il transcrit le geste suspendu de la main ».

Exposition dans l’exposition, un parcours thématique sous la forme de Mupi {mobilier urbain pour l’information, Ndlr} est installé avec le soutien de JCDecaux qui en inventait le format dans les années soixante-dix : la reproduction grand format d’une trentaine d’œuvres y explore le thème… de l’extase justement, enrichissant l’expérience de visite pour qui aime bien déambuler avec l’histoire de l’art à portée de regard.

Scène complémentaire

Pour la deuxième fois, Paris La Défense s’adjoint aussi une scène complémentaire, nouveau pas de côté vers l’équipement emblématique de la Vallée de la Culture : les espaces extérieurs de La Seine Musicale, jusqu’au jardin Bellini encore méconnu ; on y accède depuis le parvis par le grand escalier où nous salue le tirage en bronze du projet – recalé – de Rodin pour La Défense de Paris. Ascension un peu raide mais de là-haut, les vues sur le fleuve, Meudon, Sèvres et Boulogne, les architectures et les bois sont spectaculaires. Elles servent de fond aux six œuvres présentées – dont un Pupitre monumental, parfaitement en phase avec son environnement musical si ce n’est l’étrangeté du rapport d’échelle, signé Lilian Bourgeat – déjà créateur du banc public géant des premières Extatiques en 2018. Une Fleur inédite s’installe au jardin, pistil et pétales d’osier, plantée là par Nils-Udo, pionnier du mouvement Art in nature. L’Arbre de Zadock Ben David est un géant découpé avec la délicatesse des miniatures victoriennes. Et la toute nouvelle œuvre de Stéphane Thidet invite à la séduction poétique, accrochée en lettres miroitantes sur le flanc du vaisseau musical : Pour tes beaux yeux. Cette quatrième édition des Extatiques a donc aussi rendez-vous avec l’extase amoureuse. 

Didier Lamare
Les Extatiques, Paris La Défense et La Seine Musicale, jusqu’au 3 octobre. Gratuit. Pour préparer sa visite : lesextatiques.com.

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