Le trio Slurp, dont le projet à la croisée du rock, du garage et de la pop, fête ses quatre ans, travaille à structurer son entourage professionnel pour mieux se concentrer sur l’artistique. Photo : CD92/Olivier Ravoire
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Fils et filles à PAPA

Faire de la musique est une chose, en vivre demande des compétences particulières. Depuis cinq ans, avec le PAPA, le Département aide les groupes émergents du territoire à accéder à la filière professionnelle.

Sous huit mètres de plafond, le son prend une toute autre ampleur que dans leur home studio parisien. En résidence pour deux jours à La Seine Musicale, Cassandra et Alexandre, alias Charlotte Fever, profitent cet environnement professionnel pour peaufiner leur set. Il s’agit, conseillé par Yann, leur ingénieur du son, de trouver le meilleur équilibre entre voix, instruments et percussions. Sur ce plateau de trois cents mètres carrés, ils ont prévu de consacrer la journée suivante au travail de la scénographie. « On se prépare à jouer sur de plus grandes scènes. Il faut occuper plus l’espace, avoir un show lumière sérieux et un son bien rôdé. Cette résidence nous permet de nous projeter dans l’avenir : on se dit qu’on va être plus sereins », expliquent-ils. À l’occasion du festival Chorus, le public pourra bientôt découvrir ou redécouvrir leurs chansons synth-pop mutines et dansantes aux titres provocateurs : Prédateur, Gang naturiste, Kunégonde…

Cette résidence s’inscrit dans le Labo du festival Chorus ainsi que dans le Plan musiques actuelles du Département. Ce dernier, qui fête ses cinq ans en 2019-2020, comprend trois volets : l’aide aux festivals accompagnant les groupes émergents, l’aide aux salles du territoire, et enfin le parcours d’accompagnement à la professionnalisation d’artistes, ou PAPA qui prend le relais des dispositifs amateurs proposés sur le territoire. « Les groupes du PAPA ne sont plus tout neufs mais encore en cours de professionnalisation. Pour vivre de leur musique, ils ont besoin d’être entourés par ce que l’on appelle la filière et de beaucoup tourner, car la scène reste le principal revenu des artistes, bien avant le streaming », explique Antoine Pasticier, le responsable du dispositif. Les candidats doivent aussi habiter les Hauts-de-Seine (ou être suivis par une structure partenaire du Département), disposer d’un répertoire original de quarante minutes et avoir un minimum d’expérience sur scène. Cinq formations sont accompagnées pour un an depuis octobre dernier : Charlotte Fever, Slurp, Ëda, La Zoy et Cosmic Batwota. Des groupes, en quelque sorte adolescents, auxquels le PAPA offre un mode d’emploi accéléré du show business : une aide financière pouvant atteindre jusqu’à 8 000 euros, une visibilité au festival Chorus, où ils sont tous programmés ce 26 mars, une possibilité de résidence dans le cadre du Labo Chorus et, enfin, un accompagnement par un tuteur issu du monde du spectacle. À condition d’en avoir la fibre, les groupes se voient aussi proposer des actions de médiation culturelle, cette année auprès des personnes âgées du territoire.

Slurp est suivi par Guillaume Mangier, spécialiste de l’accompagnement des groupes émergents, ancien responsable de l’incubateur Krakatoa à Bordeaux.©CD92/Olivier Ravoire
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Do it yourself

Margot et Manon font la paire depuis l’école primaire et ont créé en 2016 avec Angie Slurp un trio irrévérencieux à la croisée du punk, du garage et de la pop, qui a sorti il y a un an son premier EP : « Slurp, c’est l’onomatopée que tu entends quand tu manges des pâtes mais ça peut être plein d’autres trucs, c’est à la fois mignon et dégueu », expliquent-elles. Encore étudiantes, elles ont déjà écumé les scènes locales, « des petits bars crasseux aux salles moyennes et aux festivals » et sortent d’une résidence à La Seine Musicale qui leur aura probablement fait rater quelques cours. « Comme on est un peu DIY (Do it yourself NDLR), on s’est mis à faire des arts visuels, de la communication, du booking… Mais à un moment, il n’est plus possible de combiner tout cela avec la musiqueOn aimerait créer une super équipe autour de nous. » Si elles comptaient utiliser leur dotation pour « soigner leur identité visuelle » – de nouveaux clips sont prévus – à l’heure de notre rencontre, elles étaient encore attente d’un tuteur : « Que ce soit un bookeur (spécialisé dans la mise en relation d’artistes et de salles ou de festivals, NDLR), un manager, ou un attaché de presse, on aimerait quelqu’un de professionnel avec lequel il y ait une bonne entente ». Souhait exaucé puisqu’entre temps, elles ont été mises en relation avec Guillaume Mangier, responsable douze ans durant d’un incubateur musical. Slurp bénéficiera par ailleurs d’un suivi au Studio des Variétés à Paris.

En résidence à La Seine Musicale, Charlotte Fever a pu préparer dans des conditions professionnelles son passage à Chorus ce 26 mars.©CD92/Olivier Ravoire
©CD92/Olivier Ravoire

Passer le périph’

Quant au groupe Charlotte Fever, il doit son nom à une certaine Charlotte, qui manage Alexandre et Cassandra depuis leurs débuts en 2017. Pour donner de l’envergure à leurs tournées, les deux amis ont choisi d’intégrer dans leur « famille » musicale Anne-Claire Levron, du label Le Rat des villes. Cette spécialiste en booking et stratégie artistique a travaillé avec de grands noms comme Iggy Pop mais aussi avec Jeanne Added, Alexis HK, Miossec ou encore Zaza Fournier. « On rentre d’une tournée en Amérique latine, mais on n’arrive pas à jouer à Lyon, il y a un palier à franchir pour avoir un public en dehors de Paris, explique Cassandra. On espère qu’Anne-Claire Levron qui a beaucoup d’expérience va nous faire passer de l’autre côté ».  Autrement dit, dans la cour des grands… « J’ai eu un coup de foudre, sur le plan musical et humain et ça me donne envie de les aider », confie l’intéressée qui « PAPA » aidant, se voit bien en marraine, voire en maman. « Je suis là pour leur apporter une aide à la décision et pour leur donner plus de visibilité. À partir du moment où vous entrez dans un réseau, vous intéressez les programmateurs ».

Il y a un palier à franchir pour avoir un public en dehors de Paris.

En cinq ans, treize groupes été accompagnés par le PAPA « dont dix ont une actualité », assure Antoine Pasticier. Comme Tiwayo ou encore Gunwood, les Clodoaldiens de Jahneration, accompagnés lors de la première mouture, en 2015-2016, ont tiré leur épingle du jeu. Fin mars, le groupe de reggae fera son premier Olympia. « À l’époque, on était demandeurs d’expertise, de gens capables de nous faire un retour sur notre musique, nos concerts et notre stratégieLe PAPA nous a mis en relation avec des spécialistes et a constitué un coup de projecteur, se souvient Arthur, le guitariste devenu aussi manager du groupe. Le fait que Chorus puisse embaucher toute l’équipe à chacune des prestations a aussi contribué à l’obtention du statut d’intermittent ». Le Département a en effet pour principe de rémunérer systématiquement les résidences ou les concerts de ceux qu’il considère déjà comme des professionnels.

Pauline Vinatier
Le PAPA mode d’emploi  :
Les artistes / groupes candidats au dispositif doivent présenter un projet écrit de développement artistique. Pour la saison 2020/2021, le dossier numérique est à télécharger sur www.hauts-de-seine.fr et à renvoyer avant le 10 avril par mail à papa@hauts-de-seine.fr

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