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« L’opération Barbarossa, un tournant dans la Seconde Guerre mondiale »

Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri racontent l’opération Barbarossa qui a opposé en 1941 les armées allemande et soviétique dans un ouvrage historique récompensé par le Prix Chateaubriand.

Quelles sont les justifications apportées par Hitler pour lancer cette opération Barbarossa ?
JL : Hitler a une raison différente pour chaque interlocuteur. Auprès de ses généraux, il la justifie en termes stratégiques en leur disant que pour obliger les Anglais à faire la paix, il faut aller à Moscou car l’Union soviétique est le seul allié potentiel qu’il reste à l’Angleterre. Quand il parle aux membres du parti nazi, il emploie plutôt des justifications idéologiques : il faut en finir avec le judéo-bolchevisme. Enfin quand il parle à la population, il va plutôt mettre en avant le danger d’une Russie armée jusqu’aux dents qui s’apprête à attaquer le pays. 

Le conflit éclate le 22 juin 1941 avec le but d’anéantir l’armée Rouge en quatre semaines. Mais la Wehrmacht a des points faibles…
JL : La logistique est son talon d’Achille. Les Allemands ont dimensionné leur opération pour une pénétration de 500 kilomètres. Ce fut une erreur totale car ils ne vont pas arrêter de se battre pour chaque kilomètre. Deuxième point faible : l’armée n’a pas la bonne dimension. Elle compte certes trois millions d’hommes et plus de vingt divisions blindées mais à peine un tiers de chars en plus et un tiers d’avions en moins que lors du conflit avec la France. Vu la taille du pays et de l’armée Rouge, il y a un problème d’échelle…

Quels sont les défauts de l’armée soviétique ?
LO : Le vrai problème est la faiblesse de son commandement qui n’a pas su s’adapter aux demandes de la guerre moderne comme le fait d’avoir un corps d’officiers spécialisés et un système de transmissions fiable. On a donc des lieutenants qui ne savent ni lire une carte ni rédiger un ordre dans un russe compréhensible. Ce sont des analphabètes de la guerre !

Le conflit se répartit sur trois fronts : au nord, au centre et au sud. Cette dispersion a-t-elle été bénéfique aux Russes ?
LO : Le plan d’attaque des Allemands est boiteux et résulte d’un compromis entre Hitler et Halder, qui dirige l’état-major. Pour ce dernier, la seule chance de battre la Russie est d’enlever sa tête, soit Moscou. Mais Hitler est dans une perspective de colonisation et d’acquisition de matières premières agricoles et minières pour mener ensuite un grand combat contre les Anglo-Saxons. Il veut donc aller à Leningrad. Au sud, tout l’intérêt est les richesses agricoles de l’Ukraine et, plus loin, Bakou pour s’emparer des hydrocarbures qui manquent à l’Allemagne. Mais cela veut dire qu’ils ne choisissent pas, qu’ils divisent leurs forces et finalement ne gagnent sur aucun front.

Quel est le tournant de ce conflit ?
JL : Le 12 novembre, la conférence d’Orcha provoque la rencontre entre Halder et les responsables militaires allemands qui annoncent leur volonté de faire une pause dans le conflit pour l’hiver. Mais Halder refuse ces arguments et trois jours plus tard, les soldats, dans un dernier effort, essaient de s’emparer de Moscou. Mais au centre, la défense de Joukov est impitoyable et il déclenche alors les 5 et 6 décembre la contre-offensive qui signe l’échec de Barbarossa.

L’opération Barbarossa a été particulièrement meurtrière avec cinq millions de morts en deux cents jours. Mais quel a été le traitement réservé à la population juive ?
JL : Au début, les fameux Einsatzgruppen, ces groupes de tueurs de la SS, liquident surtout les hommes juifs en âge de porter les armes et s’en prennent à l’intelligentsia juive, colonne vertébrale selon eux de l’État stalinien. Le tournant s’effectue fin juillet puisqu’on voit apparaître pour la première fois la destruction intégrale de communautés juives : hommes, femmes, enfants, personnes âgées sont amenés dans des fosses et abattus au fusil et à la grenade. On peut dire que l’opération Barbarossa accouche de la Shoah. n

Propos recueillis par Mélanie Le Beller
Barbarossa 1941. La guerre absolue, éditions Passés composés, 960 pages.

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