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LE CHATOIEMENT DU VIVANT

Hymne à la nature pour la cinquième édition des Extatiques, l’exposition d’œuvres d’art en plein air à Paris La Défense et à La Seine Musicale, jusqu’au 2 octobre.

Depuis 2018, le partenariat entre le Département et l’établissement gestionnaire du quartier d’affaires Paris La Défense a installé Les Extatiques dans l’espace public – et dans nos imaginaires. Envisagerait-on désormais un été sans cette déambulation rêveuse entre des œuvres souvent monumentales mais jamais intimidantes ? Après quatre éditions signées par le journaliste Fabrice Bousteau, le nouveau commissaire d’exposition, David Moinard, a imaginé une extase de la nature dans l’espace urbain à la recherche du « chatoiement du monde ». Seine du vivant, Défense du vivant commence par une liaison virtuelle entre les deux sites d’exposition – La Défense et La Seine Musicale – par l’intermédiaire du fleuve. L’affiche de la manifestation, dessinée par Jean Jullien, est une œuvre en soi : comme un X posé au-dessus de la Seine à la manière des passerelles permettant à la faune de traverser les voies de circulation, le promeneur est porteur d’une rêverie poétique de fleurs et d’animaux en liberté. Il sera donc cette année question du vivant, eux et nous réunis dans un même destin, à l’invitation d’une douzaine d’artistes célébrant la nature comme autant de « magiciens de la Terre ». Chacun à sa manière et dans sa matière, jamais plombée, souvent fluide et avec de la lumière. « Plutôt que de prendre le dérèglement climatique pour une terrible fatalité, suggère David Moinard, nous n’avons d’autre choix que de faire en sorte qu’il génère au contraire de l’invention, qu’il soit moteur de nos imaginaires. » À l’heure qu’il est et avec le temps qu’il fait, cette profession de foi vertueuse est opportune.

Elsa Tomkowiak, Projet pour les Extatiques 2022.©Elsa Tomkowiak

 

Marcher dans le soleil

Cet hymne au vivant sous toutes ses formes, où l’homme n’est pas seul au-dessus la terre mais en compagnie de ses commensaux avec qui il la partage, prend des formes plus ou moins explicites. Clin d’œil des Hôtes du logis de Victoria Klotz autour de La Seine Musicale, sculptures de phoques, renards ou cigognes cohabitant avec l’homme de la ville. Ou du Jardin faisant du collectif Coloco, qui envisage une nature éphémère soulevant la dalle de La Défense. Dans le jardin Bellini au sommet de l’île Seguin, Henrique Oliveira pose un trompe-l’œil déroutant : Desnatureza 5, un nœud de racines d’arbres constitué de bois de palette recyclée. Et comme notre espèce est sans doute la seule à s’intéresser aux autres à la condition qu’on en parle aux informations, le Britannique Marcus Coates imagine un Nature Calendar efficace et ingénieux sur les écrans de mobilier urbain de Paris La Défense et de La Seine Musicale : y défilent en temps réel les actualités de la nature à Paris et dans sa région ! À l’autre bout du spectre, c’est le cas de le dire, les installations saturées de couleurs d’Elsa Tomkowiak sont une invitation presque métaphorique à marcher dans le soleil. Cascadant sur les escaliers de La Défense au pied du Moretti, dont elle semble multiplier les nuances, ou à La Seine Musicale en hommage – qui sait ? – à la musique spectrale, elles installent un arc-en-ciel permanent sous les pas des visiteurs. Comme s’il s’agissait de faire tinter Les Extatiques sur un prisme de lumière – et confirmer qu’il n’y a rien de morbide dans cette Seine du vivant, Défense du vivant. 

Didier Lamare
Les Extatiques, accès libre et en plein air jusqu’au 2 octobre, Paris La Défense et La Seine Musicale.

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