Lauréats en 2019 du concours national de jazz à La Défense, Obradovic et Tixier reviennent sur scène et en master class pour La Défense Jazz Festival.

Récompensé par le prix du groupe au concours de La Défense, le duo piano-batterie n’est pas la formation la plus classique du jazz. Surtout quand le piano de David Tixier s’enrichit de claviers électroniques et que Lada Obradovic – également prix de l’instrumentiste au même concours – considère ses fûts et cymbales comme autant de touches dont elle joue avec une fluidité surprenante : « Il y a énormément d’éléments sur un set de percussions, et même sur une seule caisse claire, énormément de notes différentes, ce serait dommage de ne pas les utiliser. Quand je travaille, je me pose toujours la question du son que je peux obtenir d’un tom ou d’une cymbale. »

Il a piano, elle a piscine…

Le beau piano devant lequel sa mère mélomane installe David enfant ne déclenche pas aussitôt un désir irrésistible de carrière : « Le cursus conservatoire avec le solfège avant le piano ne m’enchantait pas. Je me suis de moi-même rapproché de l’instrument avec le jazz que mon père écoutait beaucoup. Je n’ai envisagé la musique comme un métier qu’à 17 ans. » Du côté de Sisak, en Croatie, d’où elle est originaire, Lada attrapera le jazz au bout d’une ligne d’eau… « À l’époque, je faisais de la natation semi-professionnelle, j’étais quatre heures par jour dans la piscine, douze entraînements par semaine, c’était assez intensif… Quand j’avais 17 ans, mon père a reçu en cadeau une guitare, et ma sœur a décidé d’en jouer et de former un groupe. Il manquait le batteur, je ne sais pas pourquoi mais j’ai décidé que ce serait moi. » Guidé par ses professeurs, David Tixier explore son nouvel univers : Brad Mehldau, Steve Coleman, Keith Jarrett, Oliver Nelson, Roy Hargrove. « Je suis un fan du saxophoniste Julien Lourau avec le pianiste Bojan Z, une musique complètement dingue qui m’a beaucoup influencé. » Le paysage musical de Lada Obradovic est nettement plus brutal – « Mon père écoutait un peu AC/DC, le groupe de ma sœur était grunge, au bout de deux semaines, je m’ennuyais… » – jusqu’à ce qu’elle découvre le jazz qu’elle va travailler, comme seules les sportives de haut niveau savent le faire, en Autriche puis en Suisse. « Mais mon premier coup de foudre, c’est Carter Beauford, le batteur du Dave Matthews Band. C’est aujourd’hui encore une de mes idoles, personne au monde ne joue comme ça. »

On ne joue pas de la même façon en duo ou en quintet, le rôle du batteur change beaucoup : à deux, j’ai cinquante pour cent de l’espace, voire un peu plus…

Dear You

D’où peut-être cette musique subtile et généreuse, à la portée de tous, lyrique au sens premier. « Cela vient de notre attrait pour la mélodie, explique David. On essaie de rendre transparente, accessible, l’histoire en filigrane de chaque morceau, comme un chanteur le ferait, mais juste avec nos instruments. » Grand décor en blanc, accessoires stylisés en noir, une paire de chaussures de sport avec des grappes de notes multicolores posées là comme par hasard : c’est Dear You, à la fois clip et court métrage, huit minutes de musique et de chorégraphies impeccables financées par les deux prix du concours national de jazz de La Défense. S’il y a parfois de la mélancolie dans les histoires et les musiques du duo, elle est vite balayée par une explosion d’énergie réjouissante. « Les histoires, même celles un peu tristes, nous permettent de rebondir artistiquement, précise le pianiste, on essaie d’emmener l’auditeur ailleurs. » Et l’énergie pour aller ailleurs, les deux n’en manquent pas, à se demander même comment ils parviennent à faire tout ça sans transiger sur leur exigence musicale – qu’il faut absolument découvrir live tant la scène leur va comme une paire de gants – de fer doublés de velours.

The Eddy

Pluridisciplinaires ? Les chaussures de sport aperçues dans le clip ont été dessinées par Lada Obradovic pour la marque historique Startas qui ressurgit des ruines après les années de guerre. Les opérations caritatives menées par le duo et leurs partenaires au sein de Say-R sont au profit de personnes atteintes de handicap à Colmar, du seul club de jazz de Manille aux Philippines ou de refuges pour chiens en Croatie et en Bosnie. Et si le look inimitable de « Miss Dread » vous dit quelque chose, c’est sans doute parce que vous avez regardé sur Netflix la série The Eddy, coproduite et coréalisée par Damien Chazelle (Whiplash, La La Land), l’histoire d’un club de jazz dans le Paris multiculturel d’aujourd’hui. Notre percussionniste joue dans le groupe de musiciens constitué pour l’occasion par le compositeur Glen Ballard, dont Quincy Jones fut le mentor. On a vu de plus mauvaises fées se pencher sur un début de carrière ! 

Didier Lamare
La Défense Jazz Festival du 21 au 27 septembre
www.ladefensejazzfestival.hauts-de-seine.fr
www.obradovictixierduo.com

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