Un an après avoir mis fin à Her, Victor Solf, programmé ce 28 mars à Chorus, dévoile avec Aftermath une nouvelle identité musicale, plus intime et personnelle.

Aftermath. Le titre du premier EP solo de Victor Solf peut se traduire par « le contrecoup ». « Aftermath, c’est le mot qu’on choisit pour désigner des endroits sinistrés après le passage d’un ouragan ou d’un tsunami. Je trouvais l’image très belle », explique Victor Solf. À 29 ans, le Rennais d’origine n’est pas un nouveau venu. Avec son ami de lycée, Simon Carpentier, il était l’une des moitiés du groupe Her, fondé en 2015. Lui au chant, Simon à la guitare et au clavier, ils avaient su marier la soul à l’électro dans une musique à la fois envoûtante et sophistiquée qui les avait hissés, à coup de titres comme Blossom Roses, Union ou Five Minutes, sur le devant de la scène soul française et internationale. Mais la maladie de Simon, puis son décès en août 2017 ont brisé cet élan. Pour « aller jusqu’au bout », Victor avait toutefois sorti l’album éponyme Her et assuré une tournée internationale.

Soul moderne

Depuis un dernier concert au Zénith, il y a un an, qui marque la fin de Her, Victor Solf, sans jamais envisager d’arrêter la musique, s’est mis à penser à lui. Cette nouvelle page, il a décidé de l’écrire en solo et sous son vrai nom, fuyant le studio pour son appartement de Montreuil ou sa maison dans le Finistère. En quête « d’émotion et de sensibilité » plutôt que de prises de son parfaites. Le piano avec lequel, adolescent, il s’était initié à l’improvisation et ouvert au blues et à la soul s’est vite imposé au centre de ce projet.  « Depuis des années, j’essaie de moderniser la soul. Her c’était avec beaucoup de guitare, là c’est avec beaucoup de piano. Mais mon travail reste le même : j’essaie de refaire vivre Marvin Gaye ou Otis Redding. Je me demande : mais qu’auraient-il fait aujourd’hui ? », sourit-il, avant de se dire aussi, pêle-mêle, fan de Jamie xx, Jon Hopkins, Kanye West, James Blake mais aussi Ravel, Bach, et plus récemment, Max Richter  et Yann Tiersen.

Avec Traffic Lights, qui ouvre cet EP, il a eu le sentiment de trouver le juste équilibre entre ces influences classique, soul et électro.  L’ambiance en est brumeuse mais apaisée et chargée d’espoir. « C’est un titre qui invite à ne pas se laisser alourdir par les épreuves de la vie, à rester léger, à pardonner ». À mesure qu’il aborde des thèmes plus personnels, sa voix s’expose dans des inflexions parfois voilées, fragiles, aiguës. « Dans cet EP, j’insiste sur l’idée que l’amour est un sentiment beaucoup plus dur à ressentir, même pour soi-même, que la haine. C’est une introspection sur ce que j’ai vécu ces dernières années. » Hero parle ainsi de dépassement de soi, Stone House, de ce qu’il doit à l’océan et à cette maison au bord de la mer. Dans The Salt of the Earth, il chante les contradictions de l’existence sur le refrain « une mort pour une naissance » : « C’est une chanson sur une période étrange de ma vie où je savais que j’allais perdre mon meilleur ami, mais aussi que j’allais être papa », raconte-t-il.

Sans artifices

Au fil du temps, il a partagé des chutes de ces nouveaux morceaux sur les réseaux sociaux. « Ça me ressemble. Encore hier soir, j’ai passé vingt minutes face caméra, à jouer des titres de l’EP, à répondre aux questions des fans. » Des échanges prolongés par des Sunday Sessions, mini-concerts donnés seul, en piano-voix, dans des lieux atypiques : chapelle, maisons, appartements. « J’ai terminé la tournée de Her devant 6 000 personnes. J’avais envie de revenir à quelque chose de plus  direct, plus sobre et sans artifices ». S’il compte poursuivre dans ce format intimiste, à l’occasion de Chorus ce 28 mars, il viendra défendre son EP sur la Grande Seine de La Seine Musicale avec trois musiciens dans un formation live proche de Her. D’autres dates importantes viendront ensuite comme La Gaité Lyrique, en juin, même si la tournée en tant que telle n’est prévue qu’à l’automne. Aftermath annonce en effet l’album auquel Victor Solf souhaite aboutir : « Je sens que quelque chose s’est créé, s’est lancé, quelque chose de magnifique et qui va prendre son temps ».  Après l’ouragan, calme intérieur retrouvé, le voici « capitaine de [s]on bateau » et plus libre qu’il ne l’a jamais été.

Pauline Vinatier
Photo : © Antoine Hénault
Le 28 mars à La Seine Musicale.

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