« Les parcs s’ouvrent davantage sur la vie »

CD92/Stéphanie Gutierrez-Ortéga

Le parc André-Malraux, c’est lui. Le paysagiste Jacques Sgard, concepteur du site de vingt-cinq hectares, revient sur la genèse du parc, l’évolution des espaces verts et de leurs usages.

HDS Lorsque vous avez réfléchi à l’élaboration du parc André-Malraux, saviez-vous quel esprit vous vouliez donner à ce lieu ?

JS Je l’ai imaginé comme un endroit qui devait satisfaire toute la population, quels que soient les âges et l’appartenance sociale. Je me suis demandé ce que les gens allaient pouvoir faire dans ce parc. L’idée était de rendre ce lieu accessible à une époque où les pelouses des jardins publics étaient interdites et c’est pour cela qu’il y a des grandes étendues d’herbe et des prairies qui sont de véritables espaces de liberté. Je n’imaginais pas un parc qui soit un prolongement architectural de l’espace urbain mais qui marque plutôt une rupture nette sur le thème de la nature en offrant une gamme d’occupations bien diverses.

HDS Ce qui surprend c’est le relief apporté, la dimension sculpturale du parc avec ses pleins et ses vides…

JS C’est grâce au million de mètres cubes de remblais venus des terrassements des fondations des tours ! Cette masse a permis non seulement de modeler le parc avec ces collines et ce traitement des sols, mais également de contenir l’urbanisation rampante du quartier. La construction de La Défense était en effet bien entamée et autour du parc, l’espace était à peine délimité et ces bordures étaient susceptibles de bouger au fur et à mesure des opérations immobilières.

HDS À l’époque, le quartier alentour est en pleine construction. Comment intégrer le parc dans le paysage urbain en prenant en compte cette donnée ?

JS Ce que nous cherchions, c’était une interpénétration du parc et des espaces ouverts des immeubles qui se construisaient autour. Pour l’école d’architecture par exemple, j’avais fait, dans le prolongement des salles d’atelier, des plateformes sur lesquelles les étudiants pouvaient librement sortir leurs tables. Je trouvais formidable que l’enseignement puisse participer à la vie du parc mais cette idée n’a pas abouti. L’architecte du théâtre des Amandiers m’a proposé d’intégrer des gradins et une scène à l’extérieur, ce qui a été fait. Enfin je me souviens d’une réunion de présentation de la première idée des tours Nuages d’Émile Aillaud. Il avait sorti de sa poche un papier sur lequel il les avait esquissées au crayon de couleur et il montrait comment elles prolongeaient le jardin et comment le traitement des espaces au sol se trouvait dans la continuité de celui du parc. Ce fut une brève entrevue mais j’ai tout de suite trouvé qu’il avait tout compris à l’esprit des lieux.

HDS En quarante ans, pensez-vous que les usages des parcs se sont transformés ?

JS Les parcs s’ouvrent davantage sur la vie, sans défigurer l’espace. Les pistes de jogging n’existaient pas à mon époque et finalement, je trouve très drôle qu’elles se soient faites toutes seules. Souvent, le public voit lui-même les usages qu’il fait des parcs et c’est parfois à nous de le suivre et de nous adapter. Lorsque j’ai conçu André-Malraux, je comptais beaucoup sur les usages classiques du parc comme la promenade ou le spectacle des fleurs. Mais j’ai également toujours apprécié la part faite aux espaces communautaires comme les jardins familiaux. Par exemple, j’aurais bien aimé intégrer des terrasses de café voire des restaurants comme cela se fait beaucoup en Allemagne mais cela n’a pas été possible et je le regrette beaucoup. Il ne faut cependant pas que le parc évolue vers une spécialisation de certains espaces qui, de ce fait, cloisonnerait les jardins.

L’idée était de rendre ce lieu accessible à une époque où les pelouses des jardins publics étaient interdites.

HDS De même, les choix en termes d’espèces plantées ont-ils évolué avec le temps ?

JS Une modification de la palette arbustive est probablement déjà en cours. De mon côté, cela m’a toujours gêné de confier la totalité de l’espace à une ou deux essences d’arbres car si une maladie s’abat sur l’une d’elle, c’est catastrophique. Cela a d’ailleurs été le cas pour l’orme et le buis. Pour André-Malraux, il fallait choisir des essences très robustes comme l’érable, le bouleau ou le frêne qui résistaient aux sols calcaires et j’ai toujours privilégié le beau et le costaud ! Aujourd’hui, il faut aller dans le sens de la diversification et faire davantage de place à des espèces comme le chêne vert qui était typiquement un arbre des espaces méditerranéens mais qui, avec le réchauffement climatique, est aujourd’hui capable de s’adapter à d’autres milieux…

HDS Le paysagiste est-il aujourd’hui mieux associé aux projets d’aménagement du territoire ?

JS Les architectes sont aujourd’hui plus enclins à faire appel aux paysagistes. Ceux-ci sont de plus en plus associés aux projets qui peuvent concerner, non seulement des espaces verts, mais plus globalement des territoires. Car le paysagiste est à l’aise dans la lecture d’un espace, il sait comment il fonctionne et peut évaluer ses chances de durer en toute harmonie face aux changements. 

40 ans d’histoire, deux jours de festivités

Jacques Sgard sera présent lors des deux journées de festivités des quarante ans de l’ouverture au public du parc André-Malraux, les 19 et 20 septembre où il donnera le dimanche une conférence avant une visite guidée par ses soins. L’année 2020 a été choisie pour fêter ce quarantième anniversaire, à l’occasion des Journées européennes du Patrimoine. Le public pourra redécouvrir l’histoire du site à travers une exposition d’une quarantaine de photographies d’archives. Pendant le week-end, d’autres balades commentées auront lieu, tantôt sur le côté historique avec la Société d’histoire de Nanterre, tantôt sur le volet naturel avec les équipes départementales. Toutes les vocations du parc seront représentées, et notamment la culture et le sport à travers des démonstrations de graffiti, des déambulations théâtrales, des courses d’orientation et des tournois. Enfin le parc sera aussi intégré dans le parcours des visites de Paris La Défense. 

Samedi 19 et dimanche 20 septembre, de 10 h à 18 heures.
www.hauts-de-seine.fr/40ans-parc-malraux

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *