L’effectif de l’équipe de GPSO 92 Issy a été renouvelé de moitié cette année. Il compte une vingtaine de joueuses dont quelques étrangères comme des Américaines ou des Haïtiennes. © CD92/Olivier Ravoire
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Le grand pont vers l’élite

Un des rares clubs uniquement féminin de l’élite nationale, GPSO 92 Issy bénéficie depuis cette année du soutien du Département pour sa remontée en première division. Un challenge.

Les projecteurs de la pelouse de Marcel-Bec commencent à s’allumer. Sur le synthétique, les filles en rouge de GPSO 92 Issy en terminent avec l’un de leurs cinq entraînements hebdomadaires. Après le cardio, des exercices de déplacement, la touche de balle et le jeu aujourd’hui, ce sera renforcement musculaire demain. Dans son jogging gris, ses initiales sur la poitrine, Yacine Guesmia donne les consignes à ses joueuses et les motive pour le match du week-end. Depuis le début de la saison, le rythme et les exigences physiques sont montés d’un cran. C’est l’une des nombreuses conséquences de la remontée du club en D1. « L’an dernier, nous étions à quatre entraînements, cette année nous en sommes à cinq avec une séance de musculation et bientôt six. Nous avons désormais un préparateur physique et un analyste vidéo. Tout ça, ce sont des choses nouvelles pour le club. La montée nous oblige à nous structurer », note l’entraîneur, à la tête de l’équipe depuis quatre ans. La saison dernière n’ayant pu se terminer du fait de la crise sanitaire, les compteurs de la D2 ont été bloqués et, avec une seule défaite et douze points d’avance sur ses poursuivantes, Issy a validé assez facilement son ticket pour la D1, trois ans après l’avoir quittée. Mais la première journée s’est déroulée début septembre, soit presque six mois après l’arrêt des matchs. Une longue attente avant de pouvoir retrouver les stades et le chemin des buts, une éternité pour les organismes. « Nous avons fait neuf semaines de préparation au lieu de six et beaucoup de prévention pour éviter les blessures », poursuit le coach.

L’entraîneur Yacine Guesmia (ci-dessous) entame sa cinquième saison à la tête de l’équipe. Pour la remontée en D1, l’objectif est de se maintenir au plus haut niveau dans un championnat très hétérogène.© CD92/Olivier Ravoire

Avec Soyaux, Issy est le seul club uniquement féminin à évoluer au plus haut niveau national, les autres étant rattachés à un club masculin. Ici, les joueuses sont non professionnelles et bénéficient d’un contrat fédéral ou d’un CDD. Joueuses soir et week-end, elles sont étudiantes, assistantes administratives ou s’occupent des personnes âgées le jour et doivent concilier au quotidien leur métier et le football. Dans cette D1, Issy fait donc figure de petit poucet à côté du PSG, Montpellier, Bordeaux mais surtout de l’Olympique lyonnais, septuple vainqueur de la Ligue des Champions et quatorze fois champion de France. « C’est un championnat avec cinq ou six équipes et les autres. C’est une fierté de jouer contre Lyon ou le PSG, ça ne peut que nous aider à progresser, analyse Gwenaëlle Butel, arrière centrale et capitaine. Nous avons eu deux départs et pas mal d’arrivées, c’est un groupe avec un bon potentiel et qui doit prendre de l’expérience en D1 ». L’objectif est donc très modestement le maintien pour Yacine Guesmia. « On ne va pas jouer les matchs la fleur au fusil mais de manière conquérante, même contre Lyon. L’objectif est de surprendre, de piquer. On sait que la saison de la montée est la plus difficile, surtout avec le confinement et un effectif renouvelé de moitié. À nous de créer la surprise. »

Depuis cette année, le club bénéficie d’un soutien de 150 000 € de la part du Département. Avec cette somme, la présidente Christine Aubère (ci-contre) veut créer, entre autres, un centre de formation.© CD92/Olivier Ravoire

Chouettes

Avant l’élite, le club a eu plusieurs vies. Créé en 1997, il s’appelait au départ EuroPeru et regroupait la communauté péruvienne d’Issy. Il se dote alors d’un emblème – la chouette – et d’une devise latine – Altivolans semper vigilo ou « Je vole haut et demeure toujours en éveil » – toujours en vigueur aujourd’hui. Quatre ans plus tard, en 2001, il devient le FF Issy et joue ses premiers championnats. De la Promotion de Ligue, le plus bas échelon régional, l’équipe senior grimpe très vite les divisions pour atteindre la D2 en sept ans. Assise sur le banc au bord du terrain, la présidente Christine Aubère ne quitte pas ses joueuses des yeux. Arrivée en 2007, cette ancienne joueuse du PSG a pris les rênes cinq ans plus tard. « C’est un club qui a beaucoup évolué et qui a pris de l’ampleur pour devenir une référence du foot féminin dans les Hauts-de-Seine, analyse-t-elle. Avant, nous avions beaucoup d’anciennes joueuses et peu de jeunes et nous avons réussi à inverser cette pyramide. » Aujourd’hui, le club compte dix équipes pour 250 « chouettes » et « mini-chouettes » et une jeune fille peut commencer à taper dans un ballon dès l’âge de cinq ans.

Yoyo

Depuis 2011, le parcours de GPSO 92 Issy dans l’élite s’apparente aux montagnes russes avec des allers-retours entre première et deuxième division. La saison 2020 sera donc celle de la stabilisation. Pour cela, le club bénéficie depuis cette année d’un soutien financier du Département de 150 000 Ä afin de l’accompagner dans sa montée au plus haut niveau national. « Cette somme va nous permettre de structurer et pérenniser le club et notre formation. C’est pour nous un partenariat totalement logique car le Département partage des valeurs communes de sport pour tous », souligne Christine Aubère qui a pour but de proposer « une équipe pour chaque femme », quel que soit son profil. « Actuellement, nous avons une trentaine de femmes inscrites en section santé-loisirs. Cette forme de foot sans contrainte et sans compétition permet de revenir tranquillement dans le monde du sport. Cela permet également de donner du sens au mot santé quand on sait que l’activité permet de limiter les risques cardio-vasculaires. »

Issy arrive à une époque charnière du foot féminin. La Coupe du monde organisée en France en 2019, les bons résultats de l’équipe nationale et l’intérêt médiatique croissant pour la discipline avec la retransmission télévisée des matchs contribuent à rendre visibles des joueuses qui jouaient jusqu’à présent dans l’ombre de leurs homologues masculins. « La Fédération a mis l’accent sur le foot féminin. Il y a aujourd’hui deux cent mille licenciées, un nombre en hausse, note Christine Aubère. La Coupe du monde nous a donné de l’élan, à nous de faire en sorte qu’il ne retombe pas. » Car même si le foot féminin entre dans la lumière, celle-ci est encore tamisée et les freins à la pratique sont toujours présents. « Encore dans les cours de récré, les garçons ne laissent pas jouer les filles et pour certains parents, cela reste un sport masculin. Mais petit à petit, nous allons réussir à gommer ces freins grâce aux jeunes générations », espère Christine Aubère. C’est pour cela que GPSO 92 Issy intervient dans les villes des Hauts-de-Seine. Depuis quatre ans, il travaille par exemple avec le FC Chaville afin de développer la filière féminine par des cycles de découverte et des ateliers techniques et ludiques. Un travail qui a porté ses fruits avec la création de deux équipes U11 et U13F.

Dans le sillage de l’équipe élite, le club isséen compte neuf autres formations exclusivement féminines dans toutes les catégories de jeunes dès cinq ans.© CD92/Olivier Ravoire

Académie

En plus du renforcement de l’école de football – destinée aux plus petits et labellisée « Or » par la Fédération française depuis 2016 – le soutien du Département peut passer par une aide aux centres de formation. C’est le prochain objectif du club : mettre en place d’ici deux à trois ans une « Académie du football » qui permettra aux jeunes filles de suivre un parcours sportif tout en faisant leurs études. « Cette formation au haut niveau leur permettra d’acquérir toutes les compétences mentales et physiques tout en travaillant le scolaire qui est très important pour nous », résume la présidente. Cela permettra d’alimenter l’équipe élite, le vivier étant actuellement constitué des U18F qui jouent au niveau national. À vingt ans, Clara Creus est le parfait exemple de ces passerelles entre équipes. Arrivée au club il y a deux ans, cette Espagnole joue désormais en première division. « Arriver ici était déjà une progression pour moi car je jouais auparavant au niveau régional. Mais je ne m’attendais pas à jouer en D1 aussi rapidement ! s’enthousiasme la défenseuse. Ici c’est un club très familial où tout le monde peut t’aider. On peut parler facilement au coach ou à la présidente. »

D’ici un an et demi, les filles quitteront Marcel-Bec et le stade Le Gallo à Boulogne, direction leur nouvel écrin : la Cité des sports à Issy. « Nous évoluerons sur un terrain tout neuf. A nous de nous montrer aussi professionnelles que ce complexe », conclut Christine Aubère. De nouvelles infrastructures, une formation renforcée, un soutien accru : les Chouettes d’Issy sont prêtes à prendre leur envol.

Mélanie Le Beller
www.gpso92issy.fr

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