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Un territoire grand format

 

Hauts-de-Seine et Yvelines partagent un patrimoine architectural exceptionnel à découvrir tout l’été au Domaine de Sceaux et au parc des Chanteraines à Villeneuve-la-Garenne ainsi qu’au Domaine de Madame Élisabeth, à Versailles. L’ exposition L’Archi\\territoire vient illustrer en grand format cet aspect essentiel d’une identité commune. 

100 catalogues de l’exposition L’Archi\\territoire offerts. Adressez vos demandes à hdsmag@hauts-de-seine.fr

La skyline de la métropole
Panoramique des tours de Paris La Défense

Clin d’œil en noir et blanc au Manhattan de Woody Allen, mais sans la nostalgie, car c’est ici, à la pointe ouest de la métropole, que l’architecture urbaine se réinvente. À distance, on dirait les maquettes d’un concours démesuré qui bousculerait le temps, d’est en ouest et entre 100 et 230 m d’altitude : la tour Initiale (1966 rénovée 2003), les trois branches de la First (rénovée 2011), l’ovoïde D2 en résille (2015), la feuille de verre enroulée d’Engie (2008), le prisme de la Granite (2008)… Série en cours : ici plus qu’ailleurs et depuis un demi-siècle, la ville se reconstruit sur la ville.
©Photo : CD92/Willy Labre

Arc-en-ciel tubulaire
Le Moretti, fibre de verre, Paris La Défense

Quand il rend hommage en 1883 à la défense de Paris pendant la guerre, le sculpteur Barrias n’imagine pas qu’il baptise un quartier, ni qu’il inaugure le plus vaste parc de sculptures à ciel ouvert d’Europe, sans cesse enrichi par l’établissement public Paris La Défense. Araignée rouge de Calder, Bassin de Takis, Pouce de César jusqu’au récent parcours sonore de Soundwalk Collective : plus de soixante-dix œuvres d’art dialoguent à hauteur monumentale avec les tours sur la dalle. L’arc-en-ciel tubulaire de Raymond Moretti (1992) maquille de manière éclatante une cheminée d’aération.
©Photo : CD92/Willy Labre

Par la lucarne
Cour de la Reine, Château de Versailles

Le Château de Versailles, même pour les connaisseurs, cache des merveilles. Il y a les jardins, les pièces d’eau, les galeries, les longs couloirs… Et les cours intérieures. C’est à la fin du XVIIe siècle qu’elles voient le jour, Louis XIV ordonnant la construction d’une enveloppe de pierre englobant le vieux château. Cette fermeture entraîne donc la construction des cours intérieures du Roi et de la Reine. La Cour de la Reine se situe dans la partie ouest de l’aile sud du Château. Cette image vertigineuse offre une vue vers le ciel et donne aux fenêtres une immensité sans horizon, une mise en abyme de la vie de la Reine.
©Photo : CD78/Nicolas Duprey

Vagues en vogue
Centre aquatique Aqualude, Caroline Barat et Thomas Dubuisson, Mantes-la-Jolie

Ne plus tourner le dos à la Seine, ce ruban liquide qui noue le chapelet de territoires qu’il traverse. Le Département des Yvelines y aménage ses berges ainsi, les sentiers de halage deviennent pistes cyclables et piétonnes, façon slow tourisme. À Mantes-la-Jolie, la cité renoue avec le fleuve. Son centre aquatique, l’Aqualude, en est le prélude, comme une vague sur la Seine dont il épouse les méandres. Le bâtiment, aux volumes ondulés et vitrés, vise « à ramener » le vaste paysage des coteaux du Vexin dans le quartier de grands ensembles du Val Fourré.
©Photo : CD78/Nicolas Duprey

Pureté des lignes
Villas de Mallet-Stevens, Le Corbusier et Fischer, rue Denfert-Rochereau, Boulogne-Billancourt

Dans le quartier des Princes, les années trente s’annoncent, elles sont déjà sur leur trente-et-un… Suivre leur parcours, c’est un peu comme feuilleter un catalogue d’architecture moderne de rue en rue, voire de façade en façade. Villa Collinet de Robert Mallet-Stevens (1926), villa Cook de Le Corbusier (1927), villa Dubin de Raymond Fischer (1929), chacune est ajustée à sa mitoyenne. Blocs juxtaposés, angles tranchants, ouvertures horizontales, les formules en appelaient à l’éternité du regard. Le béton brut et les lignes drues ne pardonnent rien, mais quand c’est réussi, cela devient une épure, un geste d’encre noire sur un papier blanc.
©Photo : CD92/Olivier Ravoire

Tout en style
Maison-atelier, Théo Van Doesburg, Meudon

À la boutade selon laquelle l’architecture serait de la sculpture avec des tuyaux dedans, les plus facétieux rajoutent qu’on peut même y accrocher un tableau en façade. Et précisément un Mondrian. Le peintre néerlandais et Théo Van Doesburg, artiste universel, animent la revue De Stijl (« le style ») où ils inventent ensemble un XXe siècle de rigueur, d’abstraction et de couleurs pures. Unique, la maison-atelier de Meudon que Van Doesburg dessine pour son épouse et lui-même témoigne de la synthèse de son art, d’un idéal où s’uniraient la société, l’industrie et les sciences. Sa mort prématurée en 1930 l’empêchera de le vivre in situ.
©Photo : CD92/Olivier Ravoire

Lignée d’architectes
Résidence universitaire Jean-Zay, Eugène Beaudouin, Jean Nouvel, Antony

Le projet d’une résidence étudiante à Antony remonte à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il prend forme en 1955 avec l’inauguration de la première tranche de ce qui sera la plus grande résidence universitaire d’Europe. L’architecte en est Eugène Beaudouin – celui de l’école de plein air de Suresnes ou de la Maison du Peuple de Clichy. Qui, comme à Clichy, collabore avec Jean Prouvé. Financée par le Département, la réhabilitation du bâtiment A, devenu vétuste, a été confiée aux Ateliers Jean Nouvel, qui rendent un hommage discret à l’une des figures de l’architecture moderne.
©Photo : CD92/Olivier Ravoire

Souffle de l’histoire
Ruines du château d’Anne de Bretagne, Montfort-l’Amaury

Duchesse de Bretagne, comtesse de Montfort où elle résida, et deux fois reine de France, Anne de Bretagne fait au XVe siècle construire un nouveau château sur celui du XIIe détruit par la guerre de Cent Ans. Au sommet de la motte féodale, les ruines de Montfort-l’Amaury sont emblématiques de la ville, de son histoire et de sa grande dame, chantées par Victor Hugo dans ses Odes et Ballades : « Vieilles tours, que le temps l’une vers l’autre incline / Et qui semblez de loin sur la haute colline / Deux noirs géants prêts à lutter. »
©Photo : CD92/Julia Brechler

Monumental
Immeubles, Fernand Pouillon,
Meudon-la-Forêt

Ici, point de tour ni de barre, mais « un projet monumental, cyclopéen, pour loger les moins fortunés », pour citer l’architecte Fernand Pouillon qui réalise, tout au début des années soixante, l’aménagement de Meudon-la-Forêt. En pierre de taille, la main guidée par les proportions des bassins et des allées de Versailles. Labellisé Patrimoine du XXe siècle, ce programme de logement social avec accession à la propriété ne s’interdisait pas la beauté des matériaux, ni le lyrisme de l’architecte à propos des « baies dans des perspectives infinies, évoquant des murs aveugles de temples ou de forteresses. »
©Photo : CD92/Stéphanie Gutierrez-Ortega

Baltard 2.0
Grande halle, Philippe et Martine Deslandes, Saint-Quentin-en-Yvelines

La liberté architecturale qui caractérisait les nouvelles agglomérations des années soixante-dix et quatre-vingt ne s’interdisait pas l’enracinement dans le patrimoine. Ainsi la grande halle du cœur de ville, baptisée Marcel-Proust à sa livraison en 1989, entendait-elle rendre hommage aux anciennes halles de Paris, en une sorte de Baltard 2.0. La raideur coutumière des centres commerciaux s’oublie sous la structure de tubes de métal et de verre, dont chaque extrémité semble à la fois réinventer la roue et disposer à la proue du bâtiment des cadrans d’horloge monumentaux.
©Photo : CD92/Olivier Ravoire

Le « Versailles du peuple »
Quartier de la Sourderie, Ricardo Bofill, Montigny-le-Bretonneux

Portant la griffe néo-classique de l’architecte catalan, le quartier de la Sourderie, à Montigny-le-Bretonneux, surgit des eaux sous les regards désorientés, révoltés ou séduits de la France des années quatre-vingt. Les villes nouvelles constituaient un laboratoire d’expérimentations pour les architectes, urbanistes et paysagistes. Où l’esthétisme se réinventait autour du béton brut. La ronde des arches sur l’eau évoque Chenonceau, pourtant cet habitat social et collectif sera surnommé le « Versailles du peuple ». L’intention de Bofill se résumait, de son propre aveu, à « vouloir magnifier le quotidien des gens ».
©Photo : CD78/Nicolas Duprey

Rose moderne
Séjour de la villa Savoye, Le Corbusier, Poissy

La lumière est l’hôte permanent de la villa de week-end que Le Corbusier construit de 1928 à 1931 pour les époux Savoye. La liberté de plan que permet la disparition des murs porteurs, remplacés par des poteaux, ouvre des espaces à vivre inédits, et les bandeaux de fenêtres des vues panoramiques sur le jardin. Curieusement, la synthèse des théories du mouvement moderne ne refuse pas une certaine intimité. Comme échappée d’un tableau d’Edward Hopper, une femme coiffée à la garçonne pourrait être sortie sur la terrasse et son parfum flotterait encore dans la pièce.
©Photo : CD92/Julia Brechler

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