La place de la Défense sera entièrement redessinée, en particulier sa grande pelouse plébiscitée lors de la pause déjeuner. Photo : © PLD-Imica
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PARIS LA DÉFENSE À L’ÈRE DU POST-CARBONE

L’établissement public gestionnaire et aménageur de La  Défense a dévoilé son plan d’action pour les dix ans à venir. L’objectif est de placer la dimension durable au cœur des projets et de devenir le premier quartier d’affaires
post-carbone de dimension mondiale .

Si ce grand projet était associé à un verbe, ce serait « reconquérir ». Avec Empreintes, Paris La Défense entend donner une seconde vie à cinq emprises urbaines délaissées, à la jonction du quartier d’affaires et des villes de Puteaux et Courbevoie. Et imprimer ainsi une nouvelle marque dans le tissu urbain. Au printemps, le lancement de cet « appel à projets urbains innovants » a donné le signal d’une nouvelle ère, placée sous le signe du bas carbone et de la mixité des usages, dans un quartier où se côtoient 180 000 salariés, 45 000 étudiants et presque autant d’habitants. « Notre territoire a été bâti il y a plus de soixante ans dans un monde où les enjeux climatiques, de résilience et de développement durable n’existaient pas. Pour continuer à séduire, La Défense doit sans cesse se renouveler, se transformer pour s’adapter aux évolutions de son temps », rappelait en octobre dernier le président de Paris La Défense, Georges Siffredi, tout en fixant un nouveau cap pour les dix ans à venir : « devenir le premier quartier d’affaires post-carbone de dimension mondiale ». Le premier engagement est chiffré : diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre du territoire d’ici à 2030 – au-delà de l’objectif national de – 40 %. Les émissions du territoire, mesurées en 2019, sont en effet équivalentes à celle d’une capitale régionale. Paris La Défense qui s’est doté d’une Raison d’Être au sens de la loi PACTE (loi relative à la croissance et la transformation des entreprises, Ndlr), affirme en outre sa volonté d’exemplarité et d’innovation « dans le domaine de la construction mais aussi du cadre de vie et dans celui, décisif, des usages et des comportements » et décline sa stratégie en un plan d’action en quatre axes et dix objectifs. Les verbes volontaristes qui le ponctuent disent les ambitions : reconquérir les espaces délaissés mais aussi réinvestir, développer, restructurer, végétaliser, faire vibrer…

Les espaces seront végétalisés et l’éclairage amélioré pour fluidifier les circulations à la sortie des transports en commun.©PLD-Imica

Mieux construire

Alors qu’un tiers de l’empreinte carbone globale du quartier est imputable aux activités de construction, le premier enjeu identifié par Paris La Défense est de « mieux construire », en lien avec les « bâtisseurs ». « À La Défense, le mode de développement des projets est historiquement à l‘initiative des acteurs privés, explique Céline Crestin, directrice de la stratégie et du développement responsable d’établissement public. Dans ce domaine nous sommes avant tout prescripteurs. » En amont de leur conception, il s’agit par exemple d’agir sur les « gènes » des futures tours, en modulant le montant des droits à construire en fonction de l’exemplarité sociale et environnementale ou encore en mettant en place des « logiques incitatives ». Plusieurs projets témoignent aussi d’une reprise d’initiative de l’aménageur, à commencer par Empreintes : « La dernière fois que l’établissement a fait, sur son foncier et au sein du quartier d’affaires, une telle consultation d’opérateurs immobiliers, c’était en 2012 pour la tour Hekla ! », signale Céline Crestin. Autre particularité, l’emplacement des sites à reconvertir, en lisière du boulevard circulaire départemental Patrick-Devedjian, appelé à devenir un boulevard urbain moderne, ouvert sur les villes environnantes. « C’est la coïncidence de deux projets qui participent à une même couture urbaine. Il s’agit de résorber la rupture que constituent à la fois la dalle et le boulevard dans sa configuration historique ».  En octobre prochain, jusqu’à quatre groupements seront retenus pour chaque site, préalable à un dialogue avec les candidats jusqu’en 2024. Autre grand projet, au-delà de l’Arche cette fois, porté par l’aménageur, l’éco-quartier des Groues, qui mêlera, à l’horizon 2030, bureaux, commerces et habitations sur 65 hectares d’anciennes friches industrielles et ferroviaires. Une première tranche, « transition entre La Défense et Nanterre », vient d’être livrée le long du boulevard de la Défense, abritant le siège de Vinci et l’établissement Okko Hotels.

Entre les bassins Agam et Takis, sur cinq hectares, doit voir le jour plus grand parc urbain sur dalle de France.©Paris La Défense / Agence Michel Desvigne Paysagiste
30 % des salariés vivent à moins de trente minutes à vélo du quartier, où sont encouragées les mobilités douces.©CD92/Olivier Ravoire

Mieux vivre

Entre les tours et les immeubles, le développement des mobilités douces, l’organisation d’événements écoresponsables et la végétalisation, source de bien-être, de biodiversité et de lutte contre les îlots de chaleur vont se poursuivre et se renforcer. C’est le second axe de la démarche : améliorer la qualité de vie et « mieux vivre » dans le quartier. Sur l’esplanade, le Parc est le projet phare en matière de nature en ville. « En dé-bétonnant une grande partie de l’esplanade et en amplifiant considérablement son côté végétal, ce projet va doter le quartier d’un véritable parc », souligne Georges Siffredi. Ses cinq hectares, étagés sur près de 700 mètres entre les bassins Agam et Takis, en feront le plus grand parc urbain sur dalle du pays. Les premières esquisses ont été dévoilées fin juin par le groupement en charge de la réalisation, conduit par l’architecte paysagiste Michel Desvigne qui a dû jongler avec un cahier des charges exigeant : préserver le projet originel de Dan Kiley, concepteur du parc actuel en 1972, tout en s’inspirant des dispositifs expérimentaux déjà mis en place par l’établissement et des retours d’expérience des usagers. « C’est un projet qui demande beaucoup de retenue et d’expérience car il ne s’agit pas de créer un parc ex nihilo, explique Michel Desvigne.  Ce lieu, peu de gens le savent, est l’un des trois jardins majeurs de l’axe de Le Nôtre avec les Tuileries et les jardins des Champs-Élysées. Dan Kiley a su revisiter le classicisme français ; notre objectif est de respecter la rigueur du dessin d’origine et cet esprit classique tout en inversant la proportion actuelle entre minéral et végétal. » Les quatre cent cinquante platanes et tilleuls existants, qui pourront être conservés, fourniront un socle appelé à s’enrichir de nouvelles strates basses – avec des arbustes d’un mètre tout au plus, donnant une impression de foisonnement. La perspective se tapissera de carrés de pelouses propices au jeu et à la détente tandis que dans l’épaisseur du jardin naîtront des « salles » aux ambiances variées. Cette partie axiale qui présente à l’heure actuelle « des allures de canyon » sera rehaussée par endroits afin de faciliter la circulation de bord à bord.  « Il faut qu’il y ait une évidence dans la traversée de ce jardin. Ce n’est pas qu’un axe, une vue au loin. Comme dans les jardins classiques, tout se passe transversalement. » Quant à la composition végétale, elle combinera critères ornementaux et écologiques, s’inspirant des expérimentations menées sur la dalle – et de leurs enseignements en matière d’adaptation et de résistance des plantations. En amont du Parc, la place de La Défense, centre névralgique du quartier, doit, elle aussi, verdir, dans des proportions moindres toutefois, compte tenu des flux importants qui la traversent. Entièrement redessinée, elle sera aussi plus lisible et attractive. En cours sur ces deux hectares, le chantier débouchera dès cet été sur la livraison d’une première tranche au pied de l’Araignée rouge de Calder. À terme ce sont donc pas moins de sept hectares qui vont changer de visage, sur l’impulsion de l’établissement, entre parvis et esplanade.

Intelligence collective

Le dernier défi de cette nouvelle ère, susciter une émulation collective et responsabiliser les usagers et les entreprises du territoire, ne sera pas le moindre. « La nouvelle histoire de La Défense que nous écrivons se fera avec le concours de l’ensemble des parties prenantes. C’est un projet fédérateur auquel tous les acteurs du quartier sont appelés à participer », souligne Georges Siffredi. Pour créer un effet d’entraînement, Paris La Défense joue l’exemplarité – recentrant ses activités autour d’objectifs sociaux ou environnementaux et sensibilisant ses collaborateurs – tout en pariant sur l’intelligence collective. Quatorze sociétés portent ainsi cette année les couleurs du quartier d’affaires dans le cadre du concours Cube qui consiste à réaliser des économies d’énergie dans les bâtiments –  dont le seul fonctionnement pèse pour 15 % dans l’empreinte carbone globale. D’autres événements suivront bientôt comme les premiers États généraux des tours, destinés à créer une dynamique autour de la transformation des immeubles existants. 

Pauline Vinatier
parisladefense.com

Le marché de l’immobilier au plus haut

La crise sanitaire et l’avènement du télétravail n’ont pas entamé l’attractivité du quartier d’affaires auprès des entreprises. En 2021, il a même enregistré son plus haut niveau de transactions, en nombre et en volume, de ces cinq dernières années. Selon Georges Siffredi, « ces résultats attestent de la résilience du quartier d’affaires et de son attractivité. Le marché immobilier s’est ajusté en proposant une offre immobilière de qualité et des surfaces adaptées, notamment aux PME, à prix compétitif face au marché parisien. »  De nouveaux profils rejoignent en outre le quartier d’affaires comme en témoignent début 2022 l’arrivée du Campus cyber, dédié à l’écosystème de la cybersécurité, ou encore, dès cette rentrée, celle du groupe Omnes Éducation, au sein d’un campus de 13 000 m2 à Cœur Défense

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