Nouveaux bâtiments, nouvelle distribution des terrains, nouvel environnement paysager… À la fin 2023, le stade Yves-du-Manoir dévoilera son nouveau visage. © Architectes : CGA & OLGGA/ Crédits images : SORA
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Yves-du-Manoir les JO et au-delà

Le stade de Colombes, enceinte historique des JO de 1924, recevra de nouveau les Jeux dans trois ans. Propriété du Département, le site de dix-huit hectares, longtemps associé au rugby, va être profondément remanié en vue d’accueillir de manière pérenne le hockey sur gazon hexagonal.

© Architectes : CGA & OLGGA/ Crédits images : SORA

Dix-huit mille spectateurs attendus à Colombes, à l’été 2024 ; du jeu, de l’ambiance et des émotions ; des rencontres retransmises dans le monde entier : cent ans après les JO de 1924, dont il avait été le site principal, Yves-du-Manoir va renouer avec l’olympisme. Au programme : les épreuves olympiques de hockey sur gazon. Au-delà de cette grande fête sportive, demeurera aussi un héritage que le Département, propriétaire depuis 2002, prépare activement : « Il y a une volonté forte d’inscrire ces Jeux dans une logique pérenne pour que les générations actuelles et futures se réapproprient ce lieu mythique », souligne  Georges Siffredi, président du Département. L’opération « héritage » doit ainsi rendre des installations performantes à ces dix-huit hectares et redonner son rayonnement au stade, futur « berceau du hockey français ». Elle débutera dès le mois de juillet.

Quatre-vingts millions d’euros seront investis dans l’opération, financée à près de 90 % par le Département avec le concours, via la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo), de la Région et de l’État. Elle comprend la réhabilitation et la mise aux normes de la tribune historique et de son terrain d’une part, et, de l’autre, le réaménagement d’ensemble du stade ainsi que la création de deux nouveaux bâtiments. « Le lauréat retenu par le Département est celui qui répondait le mieux aux contraintes fonctionnelles et d’inondabilité du site », explique Olivier Bilon, responsable Grands Projets à la direction des actions sportives. Concentrés dans le temps pour laisser le champ libre aux préparatifs des Jeux, début 2024, les travaux viseront l’exemplarité sociale et environnementale. « Plus de 60 000 heures d’insertion doivent être réalisées, ce qui est considérable, et nous visons l’accessibilité universelle. L’ambition est aussi d’avoir un bilan carbone très faible », précise Olivier Billon. Quatre-vingt-dix pour cent des déchets du chantier seront ainsi recyclés ou réutilisés, la moitié des constructions seront en bois, issues de forêts labellisées, et à terme, la moitié des besoins de chauffage et de climatisation seront couverts par des énergies renouvelables.

La plaine de jeux, redistribuée en quatre pôles, sera aussi plus verte.© Architectes : CGA & OLGGA/ Crédits images : SORA
Le bois, labellisé écoresponsable, est l’un des matériaux privilégiés dans les constructions.© Architectes : CGA & OLGGA/ Crédits images : SORA

Renouveau du site

À l’ouest, la tribune et le terrain d’honneur dessinés par Faure-Dujarric pour les Jeux de 1924 constituent un premier héritage à préserver. Près de deux cent cinquante rencontres internationales s’y sont succédé et de nombreux records y ont été battus. « Ce stade est caractéristique de l’architecture olympique du début du XXe siècle, avec sa tribune droite donnant sur la ligne de départ et d’arrivée ; le fait qu’il ait été assez peu modifié est exceptionnel, rappelle l’architecte en chef du patrimoine Pierre-Antoine Gatier, mandaté par le Département pour une étude du site. Faure-Dujarric, ici dans l’un de ses programmes fétiches avec l’architecture du sport, n’a pas hésité à marier le béton des gradins et le métal, plus léger, pour le grand auvent. » Les cent ans de la tribune seront l’occasion de redonner à la structure de l’auvent sa couleur d’origine « ocre jaune », attestée à la fois par des témoignages et des études colorimétriques. À ceci s’ajoutera une remise aux normes des gradins et une réfection des vestiaires. « Avec sa jauge de près de 7 000 spectateurs, le terrain olympique, qui sera refait et remis en herbe à l’issue des Jeux pourra accueillir des compétitions de football jusqu’en ligue 2 et de rugby jusqu’en Champions Cup », souligne Olivier Bilon.

Quatre-vingt-dix pour cent des déchets du chantier seront recyclés ou réutilisés.

Berceau du hockey

Si en 2017 le Racing 92 a quitté Colombes pour Nanterre, il y a maintenu toutefois son école de rugby. La fin de cette aventure de cent ans sera le début d’une autre avec le hockey sur gazon. Dans un stade devenu Centre national d’entraînement des équipes de France, les journées seront rythmées par les entraînements, les stages, les matches internationaux. « Nous avons la chance de compter de grands clubs de sports collectifs sur le territoire, comme le Racing 92 pour le rugby. Le hockey sur gazon s’inscrit dans cette tradition, souligne Daniel Courtès, conseiller départemental délégué aux sports. C’est une discipline méconnue en France et qui a besoin de prendre de l’ampleur. Nous sommes heureux de lui donner les infrastructures nécessaires et de l’accueillir dans le département. » Deux terrains synthétiques, un terrain de compétition avec sa tribune de mille places et un autre d’entraînement composeront ce « Marcoussis du hockey sur gazon », ainsi qu’un nouveau bâtiment abritant vestiaires et locaux administratifs et techniques, sans compter des salles de musculation et de réception mutualisées. Les sièges de la Fédération française de hockey, de la Ligue Île-de-France et du comité départemental y seront, entre autres, installés. « Combiner fonctions d’exploitation et sportives dans un même bâtiment a demandé une vraie gymnastique d’esprit, explique  Jacob Celnikier (Celnikier & Grabli Architectes). Il a fallu par exemple intégrer un étage au-dessus de l’auvent d’une tribune. » Depuis l’A 86, le bâtiment offrira une seconde façade « plus abstraite », changeante selon les heures du jour et emblématique du nouveau visage d’Yves-du-Manoir. Avec le RCF hockey 92 Colombes, le stade aura aussi son club résident, clin d’œil à l’Histoire, puisque des équipes féminines de hockey évoluaient à Colombes dans les années 1920.  Le Département compte déjà s’investir, à son échelle, dans le développement de cette nouvelle discipline.

Cette modernisation est pensée pour fonctionner à la fois pendant et après les Jeux.© Architectes : CGA & OLGGA/ Crédits images : SORA

Sept mille usagers

Scolaires, universitaires, sportifs en tout genre qui sont près de sept mille à fréquenter le stade départemental Yves-du-Manoir chaque semaine sont les autres grands bénéficiaires de cette modernisation. « Le redimensionnement du site pour faire une place au hockey n’aura pas d’impact sur le reste de l’offre, précise Olivier Bilon. Il y aura moins de terrains mais avec des plages d’utilisation plus longues grâce à des revêtements synthétiques sur tous les terrains et à la généralisation de l’éclairage. »  Quatre terrains seront destinés au football et trois au rugby, dont un doté d’une tribune de trois cents places et un nouvel anneau d’athlétisme de deux cents mètres sera aménagé. « Il fallait que ce projet fonctionne pour les Jeux et sur le long terme, et de façon équitable pour tous les usagers, explique-t-on à l’agence Olgga, associée Celnikier & Grabli pour repenser le site. Afin de faciliter les flux, les espaces ont été regroupés par pôles et, l’ensemble des terrains a été aligné sur un axe nord-sud pour un ensoleillement optimal. » Football et rugby auront leurs locaux dédiés au sein du second bâtiment, longue barrette dessinée par Olgga qui telle une œuvre de land-art, se fondra dans le paysage avec ses rondins de bois et sa toiture végétalisée. Depuis ce toit accessible au public, le regard portera sur une plaine de jeux devenue plus verte. Le long des terrains, des lignes d’arbres ; dans les lisières, des « unités de biodiversité », qui, outre leur agrément esthétique, combattront la formation d’îlots de chaleur urbains. Reliant ces espaces de nature, passant le long des terrains, un parcours sportif d’un kilomètre verra le jour. Une attention à l’ensemble des usagers qui fait résolument entrer Yves-du-Manoir dans le XXIe siècle.

« Nous sommes fortement mobilisés pour accueillir à nouveau le monde sportif au sein d’équipements de qualité, souligne, Georges Siffredi. Ces Jeux de 2024 représentent aussi dans le contexte sanitaire actuel une source majeure d’espoir et d’enthousiasme. »

Pauline Vinatier

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