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La deuxième vie des masques jetables

À Gennevilliers chez Tri-o & Greenwishes, le produit de la collecte est trié et pesé, avec toutes les précautions qui s’imposent. © CD92/Julia Brechler

Afin de limiter l’impact environnemental des masques à usage unique, le Département s’engage en faveur de leur recyclage. Quatre sites participent à cette expérimentation.

Dans le hall d’entrée de l’hôtel du Département, à Nanterre, une nouvelle borne de tri a fait son apparition. Au-dessus, cette affiche interpelle : « Le saviez-vous ? Un masque jeté dans la nature met plus de quatre cents ans à se dégrader ». Deux bornes similaires ont été installées, l’une dans le couloir menant au parking pour solliciter l’attention des agents ou visiteurs qui s’apprêtent à quitter les lieux, l’autre au service médical. « Elles commencent déjà à se remplir, c’est bon signe. Jeter son masque dans la borne doit devenir un réflexe comme pour les gestes barrières », estime Aurélie Roudge, chargée du déploiement de cette action.

Rien qu’en France, à raison de deux par personne par jour, la consommation de masques génèrerait quotidiennement quatre cents tonnes de déchets plastiques. Avec la pandémie, le Département les a vu s’accumuler dans ses poubelles et aux alentours de ses sites. « Dans le meilleur des cas, jetés avec les autres déchets ménagers, ils sont incinérés ou enfouis, dans le pire ils se retrouvent sur la voie publique ou dans la nature. Mettre en place une collecte était une question de responsabilité environnementale… » À titre expérimental, entre fin avril et début mai quatorze bornes ont été installées sur quatre sites : à l’hôtel du Département et au bâtiment Le Quartz, à Nanterre, ainsi qu’à la Cité de l’enfance et à la pouponnière Paul-Manchon, au Plessis-Robinson, « deux pôles administratifs accueillant beaucoup de personnel et de public et deux sites sociaux où l’obligation de changement de masque est très régulière ». Une action qui vient prolonger la dynamique de tri déjà engagée pour le papier, les gobelets ou encore des déchets électriques et électroniques…

Les entrées et sorties des bâtiments sont des emplacements de choix pour implanter les bornes.© CD92/Willy Labre
Mêlés aux masques, de nombreux indésirables doivent être éliminés par l’agent de tri.© CD92/Julia Brechler

Capter le gisement

Tri-o & Greenwishes, spécialisée dans la collecte, le tri et l’acheminement vers des sites de recyclage des déchets de bureau, a été chargée de relever les bacs, tous les deux mois dans un premier temps. « Un chauffeur est affecté spécifiquement sur cette tournée, ce qui rassure à la fois nos clients et nos collaborateurs », explique Bertrand Gendry, son directeur d’exploitation. Il y a aussi un tour de main, confie-t-il, pour fermer chaque sac en toute sécurité : « le soulever, rabattre un côté vers l’extérieur et tourner. Cela évite de prendre le souffle d’air dans le visage ». Depuis novembre 2020, les volumes traités ne cessent d’augmenter : rien qu’à Paris La Défense, sept tours étaient déjà collectées en juin ainsi que la municipalité de Courbevoie. « La filière a été mise en place en trois mois par notre direction de l’innovation circulaire avec deux industriels du recyclage, explique Matthieu de Chanaleilles, directeur de l’entreprise. D’ici la fin de l’année, nous visons une trentaine de tonnes de masques collectés. C’est anecdotique au regard des 30 000 tonnes, tous flux confondus, que nous traitons chaque année mais on évite qu’ils ne partent dans la nature. »

Les sacs récupérés sur les quatre sites départementaux rejoignent l’entrepôt de Gennevilliers où converge une flotte de camions chargés de divers reliefs de la vie de bureau : bouteilles, canettes, carton, verre, papier… À nouveau, les masques ont droit à un traitement particulier. Après dix jours de quarantaine pour une « hygiénisation naturelle », ils sont transférés dans une zone séparée du reste de l’entrepôt par un sas de désinfection, où un agent de tri vêtu d’une combinaison, protégé par des gants et des lunettes, élimine les scories. « Même si ce protocole complique un peu les choses, pour moi c’est une mission comme les autres, assure Florian Leboulanger qui malgré les consignes de tri tombe infailliblement sur « des gobelets de café à moitié pleins, des canettes, des mégots, des emballages alimentaires et des restes de burgers… ». Les masques « surtriés » par ses soins ne seront pas compactés : tandis que bouteilles, cartons ou cannettes prennent au sortir de la grande « presse à balle » des allures de sculptures de César, ces poids plumes – quatre grammes chacun – viennent gonfler des bigbags de soixante-dix kilos.

Après collecte, les sacs passent dix jours en quarantaine pour une « hygiénisation naturelle ».© CD92/Julia Brechler

Démantibulés

C’est à Avelin près de Lille, chez Cosmolys, que les masques vont perdre définitivement la face et se transformer en ressource. Cette société spécialisée dans le traitement des déchets d’activités de soins à risque infectieux (Dasri) s’est lancée dans la valorisation des fûts en polypropylène jaune, utilisés par les laboratoires médicaux et les hôpitaux. Elle s’est mise avec la pandémie à traiter les masques, composés à 70 % de ce même matériau plastique. « On a diversifié et détourné notre process d’origine, résume son directeur commercial et du développement, Arnaud Mary. L’enjeu cette fois a été de capter de grosses quantités car on ne raisonne pas en volume mais en poids. Une tonne de masques qui représente des quantités énormes de cartons est traitée chez nous en une demi-heure ! » Plusieurs fournisseurs dont Tri-o & Greenwishes assurent à l’industriel cette masse critique. Après une désinfection à haute température, puis un broyage, sur une chaîne de tri optique, les particules de polypropylène sont séparées du métal de la barrette et de l’élasthanne. Dernière étape chez un ultime partenaire, la régénération de ce plastique sous forme de granulats de polypropylène, matière première prête à l’emploi pour l’industrie textile et automobile.

La boucle est alors bouclée. De « pare-virus » le masque devient pare-chocs, tapis de sol pour voiture, bac en plastique, garnitures diverses… destin préférable à une lente dégradation sur la voie publique comme le rappelle la signalétique du Département autour de ses bornes de tri. À terme, cette mesure pourrait être généralisée sur tout son territoire. « En septembre, la fréquentation de nos sites devrait augmenter et avec elle les volumes de masques, sauf si le port n’est plus obligatoire. En fonction de ce contexte, nous envisageons d’étendre la collecte à la plupart de nos sites, soit une centaine », indique Aurélie Roudge. Quelle que soit l’échelle finale de cette action, tout reposera sur un seul geste simple de l’usager : se débarrasser de son masque dans la borne prévue à cet effet… 

Pauline Vinatier

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