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Le bon plan de la mini-entreprise

En plus de la satisfaction d’avoir été jusqu’au bout de la démarche malgré le confinement, le groupe a décroché deux prix. Photo : CD92 / Julia Brechler

Le temps de la dernière année scolaire, des collégiens de Levallois-Perret se sont transformés en entrepreneurs en fondant La Bonbonnière. Et ont traversé ensemble la crise du Covid-19.

Berlingots, guimauves, chamallows, nougats et « notre sucette géante en forme de cœur pour les amoureux »… Les jeunes fondateurs de la Bonbonnière jouent à la fois la carte de la gourmandise et celle de la nostalgie. Et qu’importe si cette deuxième vente sur le marché est déjà la dernière. Parler enfin au client, ça se savoure !  « Tout est très qualitatif, assure l’un d’entre eux. Nos pâtes de fruits sont à base d’arômes naturels et sans gélatine animale. » Avec assurance, Emma détaille l’offre en s’aidant d’un panneau publicitaire – rose bonbon forcément – dessiné par Mathias, le graphiste de la bande : « Ça fait “bim“, pour 100 grammes, “bam“, pour 150 grammes, et “boum“  pour 250 grammes, pour les plus gourmands. » Travaillée en amont par le service marketing, la formule fait mouche.


Derrière cette aventure de la « mini », seize élèves de troisième du collège Louis-Blériot de Levallois-Perret et leurs professeurs, Florence de France et Karine Auger, désireuses d’offrir aux jeunes une « découverte professionnelle » hors des sentiers battus. « En fin de troisième, ils font des choix d’orientation. Plutôt que de les emmener dans un forum des métiers ou de leur faire faire des recherches sur internet, on a préféré la pédagogie de projet », explique Karine Auger. Dans une tonalité économique grâce au dispositif de l’association Entreprendre Pour Apprendre (EPA) Île-de-France, qui vise à développer chez les jeunes les qualités associées à l’univers de l’entreprenariat : confiance en soi, sens des responsabilités, esprit d’équipe… Le principe, pour les « minis », est de tout faire comme les grandes : en novembre, devant un jury composé de chefs d’entreprise et du directeur du service jeunesse de la ville, deux collégiens briguaient ainsi le poste de P-DG. Capitaine de son équipe de foot, Paul-Fabien, qui dépasse les autres d’une tête, a mis en avant  « son leadership naturel ». De nombreuses épreuves l’attendaient, lui et son équipe. À commencer par un changement de produit, le projet initial de production de bougies en cire d’abeille « demandant une levée de fonds trop conséquente », explique le directeur marketing, Paul, avec un vocabulaire choisi. Pour ne pas transiger sur la qualité et avec un budget somme toute réduit malgré les aides octroyées par la mairie et le Département, il a fallu renoncer au made in France pour les approvisionnements.  Entre temps, Paul-Fabien a bien failli être débarqué. « Les chefs de service m’ont donné une seconde chance, c’est une preuve de maturité. Ça m’a donné envie de m’investir à fond. » Le printemps venu, et grâce au soutien de leur « mentor », Jules Lebeau, de l’entreprise I-collect, plusieurs ventes étaient prévues sur des événements locaux et le Salon départemental approchait : la « mini » était lancée. 

Après de longues semaines de télétravail, les mini-entrepreneurs se retrouvent pour une opération d’empaquetage.©CD92/Julia Brechler

Confiseurs confinés

Mais la suspension des cours, suivie du confinement, est venue stopper net cet élan. « On était tous très déçus. On venait de recevoir notre stand, nos panneaux publicitaires, on avait envie de se confronter aux autres », raconte la directrice technique, Illinca. Quant à Paul-Fabien, « KO », il en avait même « perdu le sommeil » ! Après un flottement, les organisateurs ont toutefois rebondi en proposant un championnat digital à cette génération à l’aise avec le numérique. Comme n’importe quels entrepreneurs, les collégiens se sont alors mis au télétravail, postant sur leur blog et leurs comptes Facebook, Twitter et Instagram, pour garder le contact avec leur communauté. Jusqu’à la reprise des cours, fin juin, qui a vu coïncider les retrouvailles avec une opération d’empaquetage, suivie de ventes sur le marché. Une partie des six cents euros récoltés a été reversée à l’association L’Étoile de Martin qui soutient les enfants atteints de cancer. « J’ai aimé ces moments où nous étions tous ensemble. C’est le travail d’équipe que je retiens : sans le groupe, on ne serait jamais allés jusqu’au bout », raconte Emma. Au classement final, dévoilé en live sur Facebook, la Bonbonnière décroche le prix départemental du jury et le prix de la meilleure publicité, grâce à un court métrage d’animation réalisé par Mathias. On y voit un coffre rempli de bonbons tomber du ciel. Pour nos mini-entrepreneurs, au contraire, rien ne sera allé de soi, ce qui a fait tout le sel de cette aventure sucrée. 

Pauline Vinatier

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