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Des IDEES pour faire gagner la Terre

CD92/Olivier Ravoire

Ce ne sont plus les douze travaux d’Hercule, mais ceux de Gaïa, déesse de la terre ! Héros des Trophées IDEES junior : les collégiens qui œuvrent pour le développement durable.

Avant, je n’aimais pas trop les mouches mais j’ai réalisé qu’elles avaient le droit de vivre, elles aussi », lance Bradley rappelant que « sans les insectes, il n’y aurait plus de fleurs ni de fruits ». Convaincu, le collégien de Voltaire, à Asnières-sur-Seine, ne se paye pas de mots : avec Samy et Miguel, il met la dernière main à un hôtel à insectes, où ces vagabondes seront les bienvenues. Garni de bambous, de brique, de paille, de pommes de pin ou encore de copeaux de bois, c’est un établissement étoilé sans aucun doute ! Pour ces Trophées – les quatrièmes dans l’établissement – une dizaine d’élèves de cinquième, en décrochage scolaire, se sont lancés. La finalisation des trois abris, dans un concert enthousiaste de marteaux, a été précédée de nombreuses étapes :  découverte du monde des insectes, apprentissage de la démarche de projet, modélisation sur ordinateur du prototype et impression 3D… « Ce concours est un détour pédagogique qui leur fait travailler indirectement beaucoup de matières : les sciences de la vie et de la terre, bien sûr, mais aussi les maths quand ils prennent des mesures ou font des découpes, la techno avec la modélisation 3D et le bricolage. Ils développent aussi leur autonomie, leur entente et leur respect de l’autre », explique Kamel Ledraa, leur professeur de technologie. « Tout le monde est très curieux de ce qu’ils font, ce qui les valorise. Nous avons eu beaucoup de coups de pouce : le père de Miguel qui est chef de chantier nous a fourni des chutes de bois et l’agent de maintenance nous a ouvert son atelier. »

Le potager pédagogique de Louis-Pasteur, à Gennevilliers, est l’objet de tous les soins.©CD92/Olivier Ravoire

Débats de société

IDEES junior est l’acronyme d’Initiatives Durables pour l’Environnement, l’Économie et le Social. Ouvert à tous les établissements, publics et privés sous contrat, ce concours, qui fête sa dixième édition en 2019-2020, fédère, le temps d’une année scolaire, des collégiens, emmenés par un ou plusieurs enseignants et responsables pédagogiques, autour d’un projet de développement durable. « Le développement durable est par essence une thématique pluridisciplinaire, donc avec beaucoup d’entrées possibles. Son intérêt est aussi de renvoyer les élèves à leur vie quotidienne et de soulever des débats de société », souligne Gwenaëlle Baudoin, responsable du dispositif au Département. Deux des trois piliers du développement durable – environnemental, économique et social – au moins doivent être abordés : « Prenons la gestion des déchets : à première vue, bien sûr, c’est environnemental. Mais cela va aussi jouer sur le pilier économique, puisque le collège paiera moins de taxes. On se rend vite compte que tout est lié », explique Gwenaëlle Baudoin. De même pour les thématiques récurrentes lors de ces Trophées, telles que la gestion de l’eau, l’énergie, l’alimentation, la préservation de la biodiversité… Ce concours s’inscrit par ailleurs dans la démarche « Éco-collège » du Département, qui comprend toute une palette d’actions : prêt d’une borne « développement durable » interactive, sensibilisations à la demande – sur les déchets, le compostage, la biodiversité, l’énergie, l’éco-consommation -, visites guidées des parcs départementaux, labellisation « Éco-collège » des établissements engagés dans une démarche globale de développement durable, sur la base d’une charte.  

À Asnières, les élèves se sont lancés dans la fabrication d’hôtels à insectes.©CD92/Olivier Ravoire

Chasse au carbone

De nombreux bacs de collecte attestent des efforts du collège Jules-Verne, à Rueil-Malmaison, qui recycle, outre le papier, les piles, les bouchons et les lunettes au profit de diverses associations… Dès 2012, il a été labellisé Éco-collège, au même titre que trente-deux autres établissements dont Voltaire, à Asnières. En 2018-2019, pour la troisième participation aux Trophées, les quatrièmes ont réalisé le bilan carbone de l’établissement. « C’est une manière de prendre à bras le corps un sujet vu en cours, puisqu’en quatrième ils étudient le réchauffement climatique, les gaz à effet de serre et l’empreinte carbone », précise leur professeur de sciences de la vie et de la terre, Nathalie Wiart. Sous sa houlette, deux classes « pilotes » ont entrepris de traquer les émissions de carbone à Jules-Verne. Les élèves ont ainsi élaboré et distribué un questionnaire à l’ensemble de la communauté éducative, soit près de 700 personnes, afin de connaître les habitudes de transports. La gestionnaire leur a, quant à elle, livré les données sur la cantine et le chauffage de l’établissement. Verdict pour Jules-Verne : trois cent quarante tonnes d’émissions en équivalent carbone annuelles. Le chauffage (200 tonnes), arrive en tête, suivi de la cantine (87 tonnes) puis des transports (44 tonnes). Une « prise de conscience » pour certains élèves de l’impact de leurs modes de vie, appelant des pistes d’amélioration… « plus ou moins farfelues ». S’il y a peu de chance que des propositions telles que « garder son manteau en cours l’hiver » ou mettre en place des « lunchbox isothermiques » aboutissent, en revanche l’idée de Victor, Saad, Robin et Baptiste, « des panneaux solaires pour produire de l’électricité », semble plus réaliste. Pour la concrétiser, les élèves tablent sur le prix de 1 000 euros décroché aux Trophées. Car si l’aventure seule vaut le détour, les 5 500 euros que se répartissent les trois collèges lauréats renforce l’émulation collective. En mai, une poignée de jeunes passent leur « grand oral » devant un jury composé d’élus et de techniciens départementaux, de représentants de l’Éducation nationale et de personnalités issues de la société civile, « excellent exercice qui leur fait travailler leur présentation orale et qui peut faire la différence au palmarès », selon Gwenaëlle Baudoin.  En juin, lors de la remise des prix au parc départemental de l’Île de Monsieur, à Sèvres, les élèves profitent d’un spectacle sur le développement durable et découvrent les projets des autres participants sur une exposition dédiée. 

En s’attaquant au bilan carbone de leur établissement, les quatrièmes de Jules-Verne, à Rueil, déclinent leur programme de sciences de la vie et de la terre.©CD92/Olivier Ravoire

Éco-délégués

Pour leur première participation, les élèves de Pasteur à Gennevilliers ont transformé, à la force du poignet, un terrain inculte en potager. « La terre est excellente et nous avons de bons vers de terre », annonce Éliane, en sixième. Pour repiquer une plante en pot, suivez ses conseils : « Quand on creuse avec un outil pointu, il faut y aller tout doucement afin de ne pas briser les racines qui passent autour. C’est comme avec un chargeur de téléphone, il faut éviter de l’arracher brutalement ». Situé dans un secteur très urbanisé, le collège a pris un tournant en 2018-2019, avec un nouveau projet d’établissement mettant l’accent sur le développement durable. « Au départ, nous avions deux objectifs : avec les sixièmes, un jardin pédagogique et avec tous les volontaires, un club éco-délégués. Finalement les éco-délégués se sont aussi investis dans le jardin et tout a plus ou moins fusionné. C’est un projet fédérateur » explique Nelly Rivals, professeur de français. Autour des carrés de légumes et d’herbes aromatiques issus de semences paysannes et cultivés dans le respect de la biodiversité, se relaient désormais une cinquantaine d’élèves. « Quand il fait beau, ils sont contents de venir mais quand il pleut aussi, ça fait plaisir de les voir aussi motivés », se réjouit l’enseignante qui a aussi entendu mener un projet « de la terre à l’assiette » pour les sensibiliser au « bien manger », les emmenant par exemple à l’Agrocité de Gennevilliers cuisiner leurs récoltes. « Une fois qu’ils commencent à s’intéresser au sujet, ils sont contents de relayer auprès de leurs proches ce qu’ils ont appris », conclut-elle. C’est ce que l’on appelle prendre de la graine au sens propre comme au figuré ! 

Pauline Vinatier
Renseignements sur hauts-de-seine.fr

 

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