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Pastorale graphique

Pour finir en beauté l’année Beethoven, Insula orchestra s’est reconverti en sujet de roman graphique. Une étonnante réussite.

C’était pas gagné, la rencontre entre Beethoven et Chloé Wary ! À 25 ans, la dessinatrice qui n’a ni froid aux yeux ni la langue dans sa poche avait enchaîné un album sur le droit des femmes à conduire en Arabie saoudite, et un autre sur le foot féminin, Saison des roses, prix du public au festival d’Angoulême 2020, pour lequel la supportrice du PSG s’était carrément mise à l’entraînement. Autant dire qu’on a fait les yeux ronds en apprenant qu’elle s’était glissée pendant un an dans les coulisses d’Insula orchestra pour suivre le travail de création du spectacle Pastoral for the Planet monté avec la Fura dels Baus. OK Boomer… tu dois rendre les armes : ce roman graphique est un petit bijou ! Par un dessin généreux, plein de moelleux et de virtuosité, et dans une scénographie qui déborde le cadre de la mise en page classique, les références étonnantes sonnent juste et les rencontres avec les artistes sont plus vraies que nature. « Il faut développer la quantité de connaisseurs. La musique sert à relier les humains entre eux », s’exclame Beethoven dans le T2. C’est à se demander s’il ne fallait pas être amatrice de rap en sneaker pour dire aussi bien la force universelle du compositeur et la faire partager à de nouvelles générations – sans rien cacher pour autant des tensions du projet. Beethov sur Seine (160 p., 18 Ä, éditions Steinkis), c’était peut-être pas gagné sur la feuille de match, mais sur le terrain, hat-trick Miss Wary !Dessin : © Chloé Wary

Menu gastronomique

L’exposition À table ! Le repas, tout un art au Musée national de Sèvres est une invitation luxueuse à la gourmandise à travers les âges.

La faute au virus, le compte a failli ne plus être plus rond mais la table, qui n’attend plus que l’arrivée des convives, est toujours aussi belle. l’exposition célèbre les 280 ans de la Manufacture et les 10 ans du classement par l’Unesco du repas gastronomique des Français. Un millier de petits plats dans les grands – dont l’essentiel sorti des réserves du musée. Les deux conservatrices du patrimoine, commissaires scientifiques de l’exposition, ont mis le couvert le long d’un parcours qui part du banquet gaulois pour nous emmener vers les évolutions contemporaines du repas gastronomique. « Nous montrons dans cette exposition des usages, des pratiques séculaires dont nous sommes les héritiers », précise Viviane Mesqui. Ce que complète Anaïs Boucher : « C’est aussi une histoire de l’alimentation, un sujet qui n’est pas toujours bien connu du grand public. C’est l’arrivée de tel aliment et la manière de le préparer qui ont déterminé les ustensiles qu’on utilise aujourd’hui. » Objets précieux et tables de même rythment une scénographie comme toujours spectaculaire au service des collections et productions de Sèvres – Manufacture et Musée nationaux : ici, le Grand Siècle invente le repas français ; là, celui des Lumières joue le raffinement ; tandis que, de l’Empire à la Belle Époque, la gastronomie évolue avec la modernité. Nous avons jusqu’au 6 juin pour nous régaler !Peinture : Abraham Bosse (1602-1676). Ecouen, musée national de la Renaissance.
© Mathieu Rabeau / RMN-GP

Fou de peinture

La Maison des Arts de Châtillon se transforme jusqu’au 20 février en demeure de collectionneur avec La Peinture dévoilée, une exposition de petits formats du peintre Olivier Masmonteil. « La peinture est devenue le fétiche d’une époque virtuelle qui a cruellement besoin de chair », répondait-il récemment à un journaliste qui l’interrogeait sur ce renouveau d’un genre qu’on avait dit mort – mais qui bouge encore et avec lui de jolie manière. Olivier Masmonteil enchaîne des séries truffées de références, qu’il n’est pas nécessaire de saisir pour rêver avec lui. Les Baigneuses incrustent des silhouettes de belles sur des échappées qui le sont autant. La Mémoire de la peinture rend hommage aux anciens en jouant de la superposition et du regard à travers. Ses Horizons combinent ciels romantiques et lignes de couleurs saturées. Quant aux mille et quelques petits tableaux de paysage de Quelle que soit la minute du jour, c’est à la fois un tour du monde et une anthologie. Chez ce Corrézien enraciné, le plaisir de faire n’est jamais très loin de la mélancolie de ce qui se défait et sa patience de pêcheur à la mouche n’interdit pas une voracité de brochet envers ses proies picturales. Peinture : Jeune fille à la perle, Olivier Masmonteil, 2018

Collections d’hiver

Le musée d’Art et d’Histoire de Meudon, sous l’impulsion de sa directrice Marianne Lombardi, a décidé de rafraîchir sa tenue d’hiver en proposant à un large public de venir à Meudon découvrir ou revoir ses collections permanentes au rythme d’un nouvel accrochage. Trois grands thèmes se partagent les espaces, à commencer évidemment par l’histoire de Meudon qui ne manque pas de châteaux ni de prestige. Moins immédiatement identifiable est la collection rare de peintures et sculptures du mouvement de la Nouvelle École de Paris qui court, entre A et Z, des années quarante aux années quatre-vingt, de Jean Arp à Zao Wou-Ki, avec extension dans le jardin à la française. Plus récente encore, l’aile est du musée abrite depuis 2012 une collection régulièrement enrichie de peinture de paysages français du XVIIIsiècle aux Fauves. Pour finir et sans trop faire monter le suspense, si vous aimez l’architecture industrielle et le dessinateur François Schuiten, il serait temps de faire le détour dans l’air vif de la rue des Pierres : la surprise est en série limitée !
Peinture : Le Chateau Neuf de Meudon gravure XIXe siècle. © Musée de Meudon

France-Estonie 1-1

Il ne s’agit pas d’un match de foot joué en nocturne, mais de la rencontre, rare dans une même salle, des amateurs de nature, d’arts plastiques et de musique contemporaine. Diffractions est un « concert-installation », un voyage de l’écoute augmenté pour l’ouïe, la vue, l’imaginaire et un sens certain de la poésie. Sur scène, une installation mobile, lumineuse et subtilement bruitée de la plasticienne française Justine Émard, dont le travail repose sur les frôlements entre le «vivant » et « l’animé » qui parfois lui ressemble. Dans sa lumière, les musiciens virtuoses créeront en première mondiale Sans fond ni rivage de la compositrice estonienne Helena Tulve, exploratrice du spectre sonore de la nature. Surprises, oiseaux, scintillements et résonnances selon Ravel, Messiaen, Murail… complètent le programme de TM+, dirigé par Laurent Cuniot, à la Maison de la musique de Nanterre (9 février) et à La Seine Musicale (10 février).Photo : © Justine Emard

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