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Les joyaux de la petite couronne

Gennevilliers rassemble sous la Halle des Grésillons plus de deux cent cinquante œuvres prêtées par une cinquantaine de villes dites de banlieue. À visiter gratuitement à partir du 4 octobre.

Trésors de banlieues met à la disposition du public un répertoire de deux siècles de création artistique qui témoigne de la force d’inspiration de ces territoires à la marge des grandes villes. Gennevilliers n’est bien entendu pas la ville la moins bien lotie en l’espèce : entre l’impressionniste Caillebotte et le fameux Centre dramatique national créé par Bernard Sobel, Gennevilliers n’est pas une belle inconnue. Et c’est d’ailleurs à deux pas du T2G, sous la Halle des Grésillons rénovée, que seront exposées les œuvres jusqu’au 30 novembre. Elles viennent d’ici et de là, beaucoup issues des collections des villes des Hauts-de-Seine et de ses voisines de la petite couronne qu’on disait autrefois « banlieue rouge ». Certaines de Vénissieux, dans la banlieue de Lyon, ou de Solliès-Toucas dans celle de Toulon. Organisé par thèmes – mutations du territoire, villes au quotidien, guerres, révolutions, avant-garde, expressions plurielles – le parcours remonte à l’art sacré du XVIIe siècle pour ensuite dérouler des trésors dont on ignorait l’existence : Chagall, Léger, Kijno, Doisneau, Ronis, Picabia, Di Rosa, jusqu’aux planches originales de Caza pour sa BD Scènes de la vie de banlieue. Immanquable.

Photo : Jean Amblard, Avenue de la Libération © DR

Madame de …

À Châtenay-Malabry, la Maison de Chateaubriand célèbre, en voisine, le cinquantième anniversaire de la mort de Louise de Vilmorin.

La Maison de Chateaubriand rend, avec l’exposition Une vie à l’œuvre : Louise de Vilmorin, un devoir de voisinage. Car c’est tout près, à Verrières-le-Buisson, qu’était née en 1902 la femme de lettres, où elle mourut au lendemain de Noël 1969. N’imaginons cependant pas qu’elle y vécut toute son existence : la femme et l’artiste étaient trop libres pour se contenter d’une vie et d’une résidence, traversant l’Amérique et l’Europe pour y vivre autant de fois que nécessaire. Principe de séduction et vagabondage aristocratique qui n’auraient peut-être pas déplu au maître de la Vallée-aux-Loups. Les amours romanesques d’une des plus belles femmes de France ne doivent cependant pas masquer ses talents aériens d’écriture : les deux sont inséparables et l’exposition proposée par le Département privilégie plutôt ceux-ci que celles-là. Les vies de l’héritière des fameux grainetiers Vilmorin pourraient commencer vers 20 ans avec Antoine de Saint-Exupéry, amoureux éconduit, qui lui inspirera le recueil de poèmes Fiançailles pour rire. S’achever avec André Malraux, qu’elle croisa avant-guerre et qui lui conseilla « si vous vous ennuyez, évadez-vous en écrivant », avant qu’elle ne renoue avec lui pour ses dernières années à Verrières. Jean Cocteau lui trouve du génie – peut-être devine-t-il chez elle son double féminin ? – Jean Hugo la peint, lui écrit, l’encourage, Orson Welles s’enflamme, Max Ophuls adapte au cinéma son plus célèbre roman : Madame de… À partir du 19 octobre et jusqu’au 15 mars 2020, c’est également toute une « époque à l’œuvre » que nous sommes invités à découvrir.

Photo : Collection particulière, © DR

Landes et lacs

Les thématiques proposées par Laurence Equilbey ressemblent à des voyages-surprises : on s’y embarque sur la foi d’un titre, on se fait des idées sur les paysages, et l’on finit par découvrir et aimer ce qu’on n’attendait pas. Pour l’Îlot Écosse, donné les 26, 28 et 29 septembre dans l’Auditorium de La Seine Musicale, on pouvait craindre le piaillement des cornemuses, on sera séduit par les sonorités vivaces et tourbées des Musiciens de Saint-Julien, dans des airs traditionnels écossais dirigés par François Lazarevitch. La poésie gaélique du barde Ossian et, surtout, son adaptation par les Romantiques inspirent entre autres Beethoven et Mendelssohn, dont Les Hébrides et la Symphonie n° 3 « Écossaise » seront interprétées par Insula Orchestra. Si personne n’attendait ici Debussy ni Bruch, ils y voisineront pourtant avec la formidable Symphonie n° 1 de Gustav Mahler et le Mariage dans les Orcades avec lever de soleil du compositeur contemporain Peter Maxwell Davies, dans le programme imaginé par le Royal Scottish National Orchestra, dirigé par Thomas Søndergård.

Photo : DR

Selfies de l’âme

En matière d’art contemporain dans les Hauts-de-Seine, il n’y a pas que le Salon de Montrouge ! Née Sud 92 dans les années quatre-vingt, la formule de la Biennale d’Issy s’est renouvelée et assure désormais une visibilité nationale aux artistes. À chaque édition son thème : il y a deux ans, il s’agissait de traverser des Paysages pas si sages ; cet automne, le Musée français de la Carte à jouer devient, du 11 septembre au 10 novembre, un royaume des figures avec Portraits contemporains : selfies de l’âme ? Travaillant les médiums traditionnels de la peinture et de la sculpture aussi bien que les sortilèges de l’art numérique, les 61 artistes sont invités à jouer, plus ou moins explicitement, avec la citation d’Oscar Wilde à propos de son Dorian Gray : « J’ai mis trop de moi-même là-dedans. » Robert Combas déclare sa flamme, David Lynch s’enferme derrière des ébauches de visage, Orlan s’invente un avatar en réalité augmentée, Ana Bloom photographie des lisières de noyade… Autant de portraits de notre siècle.

Photo : Souffles, 2017 © Ana Bloom

Wonderful World

Ils sont deux, travaillent régulièrement à Malakoff, et depuis quelques années mettent en commun leurs ressources artistiques pour regarder plus large, voir plus loin. Lydie Jean-Dit-Pannel use de la figure mythologique de Psyché, l’âme aux ailes de papillon, pour courir artistiquement le monde et en revenir chaque fois plus inquiète. Révoltée. Désespérée. Son propre corps tatoué d’images de papillons monarques, splendeurs veloutées menacées de disparition, elle crie devant la toxicité du monde, l’empoisonnement de l’avenir du vivant. Gauthier Tassart l’accompagne avec une musique qui n’adoucit pas les mœurs mais voudrait encore les convertir à la beauté avant qu’il ne soit trop tard. La vingtaine d’œuvres présentées du 25 septembre au 15 décembre à la Maison des Arts de Malakoff combinent les effets d’une radio pirate, de prises de vue volées sur des sites anéantis, d’une reprise désenchantée du What a Wonderful World d’Armstrong. Sous le plus beau titre de la saison : « Et sur les blés en feu la fuite des oiseaux » (Louis Aragon)

Photo : Atomi © Lydie Jean-Dit-Pannel / Gauthier Tassart 2016

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