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Versailles autrement

À quelques kilomètres de la Vallée de la Culture, le Trianon du Château de Versailles reçoit la visite de cinq photographes contemporains, jusqu’au 20 octobre.

Depuis douze ans, le Domaine de Versailles offre chaque saison à l’art contemporain une visibilité extraordinaire, à la mesure de la réputation du lieu et des foules de touristes qui vont avec. Avec Visible / Invisible, ce n’est pas une œuvre monumentale venue dialoguer d’égal à égal avec l’histoire qui est mise en avant, mais bien plutôt une exploration minutieuse et forcément très subjective du Versailles universel par cinq photographes d’aujourd’hui. Une commande adressée à chacun d’entre eux pour redéfinir chez nous, visiteurs, le regard porté sur un endroit presque trop célèbre pour que nous puissions, sans leur aide, y ouvrir des yeux neufs. Multiples, à l’image des univers de chacun des photographes, les œuvres inédites sont présentées dans les espaces intérieurs et extérieurs du Petit et du Grand Trianon. Sur ses tirages immenses, Viviane Sassen agrandit des fragments de la statuaire monumentale de Versailles, qu’elle retouche parfois et où elle fait passer des silhouettes anonymes d’adolescentes bien d’aujourd’hui. Nan Goldin trace un chemin, sonorisé par Soundwalk Collective, de l’obscur des souterrains à la lumière éclatante des figures féminines de Versailles. Dove Allouche scrute les cristaux polarisés du gypse, avant qu’il ne devienne plâtre travaillé comme ornement. Éric Poitevin choisit la simplicité répétitive des fleurs des champs et la modestie d’un pâle soleil très peu royal. Mais c’est peut-être Martin Parr qui donne à voir le Versailles le moins mythologique, avec ses ribambelles colorées de touristes qui consomment en masse et de manière très contemporaine de l’histoire et du selfie. 

Photo : © Tadzio

Jardin minéral

Jusqu’au 20 octobre, le musée Paul-Belmondo de Boulogne accueille parmi ses collections les sculptures subtiles de Pauline Ohrel. 

L’été dernier, Pauline Ohrel avait déjà participé à l’exposition d’œuvres d’art en extérieur, La Vie terrestre, au Domaine national de Saint-Cloud. Le monumental cède cet été le pas à une certaine intimité dans le cadre de ce Face(s) à face(s) présenté au musée Paul-Belmondo en partenariat avec la galerie boulonnaise Mondapart. Un face à face nourri de « respect et de grâce » entre deux classicismes, celui de l’hôte des lieux, « dernier grand sculpteur classique du XXe siècle » et celui d’aujourd’hui de la sculptrice invitée. Un dialogue silencieux s’établit, qui semble prendre le tour de deux conversations distinctes. Immédiate, la relation des bronzes de Pauline Ohrel, coulés après modelage, avec ceux de Belmondo, introduit autour de l’œuvre hiératique du grand ancien une souplesse des sens, une extension des figures et des poses, une fraternité de lignage, qui sait. Tout autre est le contraste avec les œuvres récentes de la sculptrice, qui usent du grillage comme du contour des songes. Les figures les plus imposantes ne pèsent soudain plus rien, tout un jeu de pleins et de déliés, du dedans et du dehors, s’instaure : le face à face devient une confrontation paisible d’ombres portées et de lumières traversantes. « Dans mon travail sur le grillage, j’explore les frontières du dessin et du volume. L’ambiguïté que permet la transparence du matériau, en jouant sur les perspectives et les perceptions, efface ou suggère l’enveloppe. »

Photo : © Alain de Baudus

Un été ukrainien

Il est bon parfois de savoir se débarrasser des clichés, ceux de l’histoire, ancienne ou récente, ou bien des images imposées autrefois par le réalisme soviétique : l’exposition Couleurs et matières d’Ukraine, à la Maison des Arts d’Antony, pourrait bien nous surprendre par son caractère flamboyant d’hymne à la nature. Curieusement, l’artiste la plus proche du patrimoine natal est peut-être bien la seule à ne pas être née là-bas : Anne Yeremiyew, Grenobloise de naissance et Antonienne de résidence. C’est autour de cette aînée, peintre, graveuse, danseuse et chorégraphe, dont l’abstraction se nourrit des traditions populaires familiales, que s’est établie cette réunion estivale. Voisin de cimaise, le couple Misha Sydorenko et Natalia Kruchkevych, tous deux nés à Lviv et travaillant à Boulogne, aborde la nature et les scènes parisiennes dans un esprit qui balance entre impressionnisme et expressionnisme. La même matière, plus gourmande encore, et des harmonies de couleurs qui rappellent également l’impressionnisme, fondent le travail d’Olga Novokhatska, née à Valky de Kharkov et Parisienne d’adoption, la quatrième à faire chanter la nature sur cette carte blanche ensoleillée. Jusqu’au 28 juillet.

Photo  : © Natalia Kruchkevych

Les cartes du trésor

Selon l’appellation en usage à la Bibliothèque nationale de France, le « trésor » est une sélection de riches œuvres de ses collections qu’elle présente hors les murs, au sein par exemple d’un musée dont la thématique s’en trouve ainsi complétée. Un livre paraît aux Éditions de la BNF, Fabuleuses cartes à jouer ! Le monde en miniature, qui conduit tout naturellement à accueillir quelques cartes du trésor national parmi les collections permanentes du musée français de la Carte à jouer d’Issy, et d’inciter ainsi à stimuler notre regard sur une collection unique, dont le parcours a d’ailleurs été renouvelé pour l’occasion. Le musée d’Issy compte en effet plus de 15 000 œuvres, dont près de 9 000 jeux de cartes et accessoires : les pièces les plus précieuses profitent de la juxtaposition avec les prêts de la BNF. Ouverte jusqu’au 15 août, l’exposition Dans les collections de la BNF, Fabuleuses cartes à jouer, distribue donc à Issy une donne issue de douze jeux de cartes, du XVe au XXe siècle, qui ne manque pas d’atouts ! Gravures allemandes qui relèvent encore du domaine de l’estampe, tarot italien enluminé de la fin du XVe, dit de Charles VI, cartes aquarellées publiées à Vilnius en 1814-1815, jusqu’à l’étonnante maquette à la gouache d’un roi de cœur de 1959 dessinée par Sonia Delaunay. 

Photo : © gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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