© Laurent Duvoux
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SEINELAB, L’IMMERSION SONORE

À la fois lieu d’innovation et programme d’expérimentation, le SeineLab est un nouvel équipement de La Seine Musicale, piloté par le Département, à destination de tous les publics.

Nous avons tous remarqué que l’écoute de la musique n’est plus ce qu’elle était… Sans remonter jusqu’à l’invention de l’électricité – et donc sa diffusion et sa commercialisation à des échelles inimaginables auparavant – les formats numériques et l’adaptation nécessaire aux contraintes sanitaires ont spectaculairement bouleversé nos habitudes en la matière. Au sein d’un lieu de pratique musicale à l’acoustique particulièrement soignée, le SeineLab innove. Anne d’Aboville est directrice déléguée à La Seine Musicale : « C’est un laboratoire d’expérimentation, de découverte, d’apprentissage imaginé pour que le public puisse connaître La Seine Musicale telle que les professionnels, les artistes, les musiciens la vivent : un lieu protéiforme, un lieu d’hybridation, un lieu transdisciplinaire. Ici, la musique, qu’elle soit acoustique ou amplifiée, est pratiquée, diffusée, répétée, enregistrée, tous les métiers autour du son coexistent. Il nous paraît intéressant de rendre accessibles un lieu dédié et une programmation qui permettraient au public d’expérimenter des techniques innovantes, d’écouter, d’apprendre, de manipuler des installations évolutives, de découvrir des œuvres et des dispositifs d’artistes en cours de création. »

Le laboratoire prend la forme physique d’un espace multimédia pour une cinquantaine de personnes, donnant sur la Grande Rue intérieure, un lieu non pas de spectacle mais de recherche sonore et numérique, ouvert au public et accompagné de médiations et de moments d’échanges avec les artistes.

Le SeineLab dispose également d’une programmation en cours d’élaboration : dès le mois d’octobre et trois fois par semaine, cela commencera par des ateliers jeune public sur réservation (à partir de 6 ans et de 7 Ä à 12 Ä) en partenariat avec Le Cube, centre de création et de formation au numérique à Issy-les-Moulineaux, et le fameux Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam) fondé à Paris par Pierre Boulez. Intelligence artificielle avec Bestio-Robot, pour explorer le monde des machines qui parlent et leur donner de la voix. Travail sur le terrain avec la capture sonore de son environnement (field recording) ou la réalisation d’une carte postale sonore de La Seine Musicale (architecture du son). Découverte du matériel électronique dans l’atelier de Lutherie numérique qui abordera la réalisation d’instruments de musique inédits. Les plus grands et les accompagnants pourront, casques sur les oreilles depuis les transats de la Grande Rue, découvrir la série Musiques Fictions de l’Ircam – littérature contemporaine et création musicale. Pendant les vacances, des stages de trois jours sur la technique d’immersion sonore du système binaural sont également annoncés pour les étudiants.

Nouveau public

« Le SeineLab fait partie d’un projet global autour du numérique et du son, précise Émilie Deplace, chargée de développement. Il s’agit de rendre La Seine Musicale vivante, dynamique en dehors des heures de concerts, attractive pour un nouveau public à qui l’on pourra proposer une expérience ou une rencontre culturelle différente. Tout, dans ce projet global, est marqué du sceau de la mission de service public. Il s’adresse à tous, intègre l’éducation artistique et culturelle (EAC), favorise l’accessibilité, l’émergence et le soutien aux jeunes artistes, la visibilité du territoire à travers les ensembles en résidence : Insula orchestra, la maîtrise des Hauts-de-Seine, l’académie Jaroussky. »

Le SeineLab est ouvert à toutes les esthétiques, cependant une question devient cruciale : le renouvellement du public de la musique dite classique – dont les émotions universelles ont réussi à traverser le dernier millénaire mais qui joue aujourd’hui sa peau face à la mode et aux clichés. « L’objectif est aussi de replacer la musique classique dans un environnement qui parle à tous, afin qu’elle ne soit pas réservée à une élite bardée de codes, poursuit Émilie Deplace. Insula orchestra s’est emparé de la question, avec de nouveaux formats en concert et en numérique, des clips, des propositions décalées… Nous travaillons beaucoup sur ces nouveaux formats, comme les Impromptus du mardi qui concernent toutes sortes d’esthétiques musicales : une pause décomplexée entre midi et deux, gratuite sans réservation, on prend un transat, on mange en même temps, on part quand on en a envie. Le SeineLab prend part à cette ambition. »

Et l’on se prend à rêver d’un adolescent, pris dans le flux ininterrompu des algorithmes commerciaux, qui découvrirait en passant par La Seine Musicale les symphonies de Beethoven ou le son de Xenakis – ce qui transformera à jamais son écoute, son imaginaire et ses émotions. Utopie ? Non, expérience possible, bientôt expérience vécue. 

Didier Lamare
www.laseinemusicale.com 

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