« La Cathédrale » aujourd'hui. © Cyrille Weiner
Posté dans Innovation

À la conquête des profondeurs

Sous la dalle dorment encore des milliers de mètres carrés inexploités. L’établissement public Paris La Défense compte aménager ces sous-sols pour donner dès 2022 une nouvelle dimension au quartier d’affaires.

Avec ses 5 000 m2 sous une hauteur de 6 à 11 mètres de plafond, « la Cathédrale » est le plus vaste des quatre grands volumes sous dalle à être aménagé.©Baukunst

Ils ne ressemblent à rien de connu sous le soleil de Paris La Défense. Enfouis dans l’obscurité, la poussière et le grondement des réseaux souterrains, ces espaces dits résiduels, nés de l’aménagements de tunnels, de routes ou de locaux techniques, attendent depuis des décennies leurs visiteurs. Symboles d’un quartier séparant les circulations piétonnes en surface des fonctions logistiques, ces no man’s land véhiculent pourtant leur propre imaginaire : « Sous la dalle nous sommes dans les entrailles de La Défense. En opposition avec le dessus dont le trait principal est une verticalité quelque peu virile, c’est une matrice féminine avec des organes indispensables mais néanmoins cachés », explique Marie-Célie Guillaume, directrice générale de Paris La Défense pour qui cet envers du décor a déjà une âme : créature presque « mythologique, tapie dans son antre et veillant sur le quartier », le Monstre de Moretti survit à son créateur, qui dès les années 1970, avait transféré son atelier dans ces sous-sols.

Le quartier d’affaires lorgne à présent vers ces espaces longtemps négligés, complexes à aménager pour des raisons d’accessibilité, de ventilation ou encore d’éclairage. « Si l’on s’y intéresse, c’est d’abord parce que le foncier devient rare. En accueillant des activités qui n’existent pas à Paris La Défense, ces volumes peuvent être un levier de transformation du quartier en lieu de vie. Notre ambition est de les sortir de leur vocation purement technique pour y amener du public », précise Marie-Célie Guillaume qui aurait dû présenter ce nouveau projet aux cotés de Patrick Devedjian, décédé en mars dernier. C’est le premier sujet sur lequel il nous a fait travailler lors de la création de l’Établissement public de gestion de Paris La Défense (prédécesseur de Defacto puis de Paris La Défense, NDLR), et le dernier sur lequel il se sera exprimé publiquement, rappelle-t-elle. Il aura fallu beaucoup de temps car les lieux sont méconnus. Il n’y avait pas de plan. »

Gisement central

Des aménagements récents comme Oxygen, à la proue de Paris La Défense, ou Table Square, près de la fontaine Agam, à cheval sur la dalle et les sous-sols, affichaient déjà cette volonté de conquête du sous-sol. Mais cette fois le gisement concerné, sur 20 000 m2 sous l’axe historique, est d’une envergure sans précédent. Entre la place de La Défense et la place Basse, il comprend quatre volumes principaux articulés entre eux, certains à fleur de dalle, d’autres profondément enfouis. Le plus vaste d’entre eux, la « Cathédrale », avec ses 5 000 m2 sous six à onze mètres de plafond, doit son nom à ses parois incurvées comme une nef. À l’Est, elle communique avec l’Atelier de Moretti (2 240m2), lui-même situé à proximité des réserves d’œuvres d’art du Fonds national d’art contemporain dont le déménagement en 2023 devrait libérer 4 500 m2. L’autre extrémité de la Cathédrale, vers l’Ouest, donne sur une série de piscines surplombées par une passerelle qui « court sur le dos du RER ». Surnommé « les Bassins » (4 600 m2), c’est là le point le plus profond du complexe.

Souhaitant réfléchir à la fois à l’évolution à long terme du quartier et dévoiler sans trop attendre ces grottes au public, Paris La Défense avait choisi – méthode expérimentale déjà employée pour sa biennale de mobilier urbain Forme publique – d’engager un dialogue compétitif avec les cinq cabinets d’architectes internationaux présélectionnés pour ce projet atypique. Au bout d’un an d’échanges et ateliers, c’est l’agence belge Baukunst qui se voit retenue. « On pouvait soit considérer que ces volumes étaient un monde à part, une sorte de bulle, soit les envisager dans leur environnement. C’est cette option que nous avons retenue, explique Marie-Célie Guillaume qui salue chez le lauréat une réflexion très poussée sur l’articulation entre le dessus et le dessous tout en restant dans un projet assez simple qui respecte l’identité unique de ces lieux, sans les banaliser, et intègre bien nos ambitions en matière de développement durable ». L’établissement qui s’est lancé dans l’aménagement d’un grand parc urbain sur l’esplanade affiche en effet sa volonté de végétaliser le quartier.

« L’idée était de transformer ce paysage de surface que l’on connaît bien et d’activer, à travers la profondeur des volumes, une troisième dimension dans l’épaisseur de la dalle. D’une certaine façon, il s’agit de réécrire le quartier à partir de ses fondations », explique Adrien Verschuere, fondateur de Baukunst qui livre, à l’issue de son dialogue avec Paris La Défense un plan guide, assorti d’un « projet pilote », premier jalon du réaménagement prévu d’ici à 2022.

Le projet utilise la lumière naturelle sans renoncer aux féeries de l’éclairage artificiel.©Baukunst

Promenade souterraine

À partir de plusieurs points névralgiques en surface, est d’abord prévue la création d’une série de porosités avec le sous-sol qui viendront en retour transformer la dalle. La plus emblématique d’entre elles est l’anneau de quarante mètres de diamètre qui surplombera la place de la Statue et la fontaine Agam. Débutant sous la forme d’une promenade ou d’un belvédère, il plongera de son grand escalier hélicoïdal vers les entrailles de la terre et la Cathédrale, faisant office de puits de lumière. Des plantes suspendues accompagneront la descente, révélant l’ampleur des volumes sous-dalle. Autres liaisons, un oculus pour sonder les profondeurs et contempler d’en haut le Monstre de Moretti ou encore un patio situé au niveau des Quatre-Temps. Pour relier entre eux des volumes sous-dalle aujourd’hui compartimentés, le cabinet d’architectes a par ailleurs imaginé une promenade souterraine. À terme ce fil d’Ariane pourrait étendre ses ramifications en direction du hub Cœur transport, principal point d’accès au quartier, ainsi que le long de la voie des Sculpteurs, actuellement enterrée, où est à l’étude le percement d’une grande « traverse » arborée, qui répondrait au parc urbain en cours d’aménagement sur l’esplanade.

Des activités de création artistique sont prévues autour du Monstre de Moretti, installé depuis les années 70 dans ces sous-sols.©CD92/Olivier Ravoire

Vingt millions d’euros doivent être investis par Paris La Défense dans la première phase du projet avec la réalisation de l’anneau et l’aménagement de 8 000 m2 sous-jacents. Dès 2022 devrait être révélée au public « cette richesse du dessous », lui donnant à voir « ce très bel espace qu’est la Cathédrale » et lui donnant accès au Monstre. Pour le reste, « le site du FNAC ne sera pas libéré avant 2023 » et les Bassins sont « trop profondément enfouis pour pouvoir être ouverts dans l’immédiat ». L’œuvre de Moretti donnera sa première coloration culturelle à une programmation qui, à l’image du projet d’ensemble, n’est pas figée. « Nous souhaitions une démarché évolutive et progressive à la fois dans les aménagements et dans les usages. C’est un projet au long cours qui va se déployer avec des étapes et des ouvertures successives », insiste Marie-Célie Guillaume.  De façon « complémentaire à l’existant » en surface, l’offre fera aussi la part belle aux sports avec des installations indoor, comme un mur d’escalade, aux loisirs et à l’événementiel. Sur le modèle de l’Atelier des Lumières, à Paris, ces volumes pourraient être sublimés par l’art numérique. Dernière particularité de ce projet hors norme, et évolution majeure de son modèle économique, Paris La Défense restera propriétaire et donc maître de ces espaces et les exploitera lui-même en lien avec les opérateurs commerciaux et autres partenaires. 

Pauline Vinatier
parisladefense.com

 
 
 
 
 

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