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Le Swave fait pousser les entreprises de demain

Situé au cœur de la Grande Arche à Paris La Défense, cet incubateur soutient les start-ups qui innovent dans les domaines de la finance et de l’assurance.

Dans la Grande Arche, au cœur de Paris La Défense, Le Swave accélère la croissance de start-ups comme Tipsmeee (ci-dessus) qui œuvrent dans le domaine de la finance et de l’assurance.©CD92/Willy Labre

Un QR code qui redirige vers un site puis le choix du montant et enfin, le paiement. En à peine quinze secondes, la transaction est conclue. Derrière leur bureau, Michaël Mouque et Yann Proust apportent sans cesse de nouvelles améliorations à Tipsmeee. Seulement un mois après son lancement, près de cinq cents commerçants et associations avaient déjà été séduits par cette application qui facilite le paiement des pourboires, les « tips ». Mais cette start-up créée en 2018 ne compte pas s’arrêter là et vise dix mille clients d’ici la fin de l’année. Une expansion facilitée par Le Swave où les quatre co-fondateurs ont branché leurs ordinateurs début 2019. « Grâce à notre présence ici, nous avons gagné deux à trois ans de développement, estime Michaël Mouque. Cela nous a permis d’échanger avec nos pairs et de nouer des partenariats comme par exemple avec Mastercard. » Tipsmee s’est également associé avec Métro, le géant de la fourniture alimentaire aux restaurateurs, avec qui il travaille sur l’angle de l’accompagnement numérique des professionnels. Michaël Mouque et Yann Proust ont aussi profité à plein de l’élan de générosité pour les petits commerçants survenu après le confinement. « Le pourboire est devenu deux fois plus fréquent et a doublé. Il a pu atteindre par exemple cinq euros pour les coiffeurs et deux à trois euros pour les restaurateurs au lieu d’un », explique Yann Proust.

Tipsmeee fait partie de la deuxième des trois promotions de cet incubateur installé aux dix-neuvième et vingtième étages de la Grande Arche, avec vue dégagée sur Paris La Défense. Une adresse prestigieuse, presque inespérée pour Tipsmeee qui pensait consacrer ses premiers mois d’existence au développement technique de l’appli avant de s’occuper de ses locaux. « Tout le monde ne peut pas se vanter d’être ici, affirme Michaël Mouque. C’est un vrai avantage car nous sommes au cœur de La Défense et du monde de la finance. C’est une vraie opportunité pour nous ! » Depuis l’ouverture du lieu il y a plus de deux ans, une soixantaine de jeunes pousses comme Tipsmeee sont passées entre les mains expertes de l’équipe d’Édouard Plus, le directeur des lieux. « Pas grand monde ne croyait en nous, l’activité étant essentiellement concentrée sur le dixième arrondissement de Paris, se souvient-il. Depuis, nous sommes remplis avec un taux de renouvellement de plus de 85 %, ce qui prouve que les entreprises peuvent passer le périphérique. Le quartier est vivant et dynamique, à proximité des transports et la Grande Arche a un côté symbolique. Quand on est une entreprise avec peu d’historique, le fait d’être ici facilite les choses. » Le lieu bénéficie en plus de l’écosystème plus large de Paris&Co, l’agence de développement économique et d’innovation de Paris et sa métropole qui participe chaque année au développement de plus de cinq cents start-ups françaises et étrangères.

Edouard Plus, le directeur des lieux, accueille chaque année entre dix et vingt jeunes pousses. L’année 2020 correspond à la troisième promotion du Swave.©CD92/Willy Labre

Finance vertueuse

Le Swave veut promouvoir les deux filières de la FinTech et de l’InsureTech. Ces deux termes peuvent sembler un peu barbares mais cachent en réalité beaucoup d’innovations assez simples dans les domaines de la finance et de l’assurance. « En fait, ce qu’on fait ici est hyper concret, rassure Édouard Plus. On trouve des solutions qui profitent aux utilisateurs finaux, c’est-à-dire vous et moi. » Ce sont par exemple des applications comme Tipsmeee mais aussi Paygreen, une autre entreprise qui propose au client d’arrondir à l’euro supérieur le montant de son achat, ce petit don s’ajoutant à d’autres et permettant de soutenir des actions contre le réchauffement climatique. La finance s’imagine donc plus vertueuse et veut se débarrasser de l’image négative qui lui colle à la peau depuis la crise de 2008. « On l’a associée à tort à l’irresponsabilité. Notre but ici est de réconcilier une partie de l’opinion publique avec le secteur et de faire de la finance positive, ancrée dans le réel et qui fait face aux grands enjeux de société », assure Édouard Plus.

Dans son open space, Denis Saada n’est pas peu fier de présenter Betterway, son bébé âgé d’un an. Cette carte bancaire dédiée aux mobilités est destinée aux entreprises. « Beaucoup souhaitent accompagner leurs salariés sur des modes de transports plus vertueux. Grâce à cette carte, elles peuvent créer un compte qui servira par exemple à louer un vélo, une trottinette ou un véhicule en autopartage ou bien à rembourser des dépenses de mobilité partagée. » Pour lui, rien de mieux que d’être à Paris La Défense, véritable hub de transports. « C’est un énorme marché à saisir et Le Swave nous a permis d’accéder à des partenaires et à un réseau et de suivre des ateliers sur les aspects juridiques et comptables, tout ce qui  » pollue  » le quotidien d’un entrepreneur en somme. » Depuis fin janvier, date de son installation dans les lieux, tout s’est accéléré avec la finalisation du produit, l’arrivée de nouveaux associés et la signature de premiers clients.

L’accompagnement, voilà ce qu’apporte Le Swave aux entreprises incubées. Tout d’abord d’un point de vue logistique en proposant des locaux à des tarifs attractifs, 30 à 40 % en dessous des prix du marché. Mais surtout d’un point de vue entrepreneurial avec un catalogue de formations auquel chacun peut s’inscrire ou lors des office hours pendant lesquelles les entrepreneurs prennent rendez-vous pour poser une question. La structure les aide à faire décoller leur activité, trouver des clients et « réseauter » en s’appuyant sur l’offre de grands groupes installés dans le quartier d’affaires. Elle offre enfin des conseils juridiques, domaine souvent nébuleux pour tout jeune entrepreneur. « Nous travaillons par exemple avec des organismes de régulation comme la Banque de France ou l’Autorité des marchés financiers. C’est tout bête mais parfois, on a une super idée mais on ne se pose pas forcément la question de sa légalité », poursuit Édouard Plus qui se voit en « nounou, psy, confident voire maman » pour ces start-ups. Même pendant le confinement, ce « couvage » s’est poursuivi malgré la distance grâce aux moyens de communication et à une cellule d’accompagnement spécialisée pour prendre soin des entreprises. « Pendant cette période, nous avons eu un petit trou noir au mois de mars. Le Swave nous a aidés sur l’aspect humain en reculant certaines de nos échéances mais aussi sur l’aspect logistique et le côté RH avec l’intégration de nouveaux collaborateurs en toute sécurité », expliquent les créateurs de Tipsmeee.

Au Swave, les jeunes entreprises bénéficient d’un accompagnement logistique, juridique et entrepreneurial et peuvent développer leur réseau.©CD92/Willy Labre

Copilote

Après deux promotions à plus de vingt entreprises, la troisième compte cette année treize jeunes pousses sélectionnées parmi une centaine de dossiers. Critère de base : que l’entreprise soit innovante. « On cherche quelque chose qui n’existe pas », résume Édouard Plus. Les porteurs de projets doivent ensuite « pitcher », c’est-à-dire expliquer leur idée devant un jury d’une trentaine d’experts. « Ce sont des jurés très spécialisés. L’exercice est très académique et peut impressionner », prévient le directeur. Les entreprises sont jeunes – moins de cinq ans – mais leur concept doit être déjà bien ficelé. « On leur demande d’être solides, c’est-à-dire d’avoir une existence légale, un produit et une équipe. Les fondateurs uniques sont plutôt une exception ici », récapitule Édouard Plus, qui préfère parler du Swave comme d’un « accélérateur ». « Ce qui nous intéresse, c’est la croissance organique des entreprises. Celles qui sont ici recrutent et contribuent à densifier le tissu économique de Paris La Défense. » C’est d’ailleurs pour participer à l’attractivité du territoire que Le Swave bénéficie d’un soutien financier du Département de 150 000 euros conclu en janvier dernier. L’ambition internationale du lieu s’est renforcée et la structure travaille sur la mise en place d’un Swave à l’échelle européenne d’ici 2021.

Avec un taux d’occupation supérieur à 90 %, la place va bientôt venir à manquer dans les 2 500 m2 de locaux répartis sur deux niveaux. Une question que doit se poser Amine Hebri, le fondateur d’Avanseo, qui devrait voir ses effectifs passer de sept à onze cette année. Sa société permet d’accorder des prêts jusqu’à 50 000 euros en 24 heures chrono à des entrepreneurs, là où les démarches auprès des banques traditionnelles prennent des semaines voire des mois. Il est arrivé au Swave avec la première promotion, en 2018. « J’avais mon idée et un début de produit mais le parcours était plus sinueux que je ne le pensais. L’avantage, c’est que tout est réuni au même endroit : j’ai le bon interlocuteur et une réponse à mes questions dans la demi-journée. Je vois Le Swave comme un copilote qui m’aide à trouver plus vite mon chemin. » À la fin de l’année, Avanseo aura atteint son deuxième renouvellement d’un an, durée maximale d’incubation. Pas encore l’âge de raison ni le rythme de croisière pour Amine Hedri qui veut poursuivre dans une autre structure pour développer son concept « jusqu’à l’international ». 

Mélanie Le Beller
www.swave.parisandco.paris

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