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Les Chanteraines fragments de nature urbaine

Ouvert en 1978, le parc des Chanteraines s’est progressivement agrandi pour devenir le plus grand du nord des Hauts-de-Seine. 

C’est un grand parc quadragénaire un peu particulier. À cheval sur les communes de Gennevilliers et Villeneuve-la-Garenne, niché au creux de la Seine, le parc des Chanteraines a su se faire une place de choix dans un tissu essentiellement urbain. C’est sur cette zone jusqu’alors très industrialisée que le Département décide d’installer l’espace vert qui manquait au paysage. Entre 1972 et 1975, il acquiert les terrains du futur parc, essentiellement des anciennes carrières de sable et de graviers situées à proximité du port de Gennevilliers. Inauguré en 1978, le parc a grappillé petit à petit de la verdure au béton et bénéficié de plusieurs tranches d’aménagement successives, du nord au sud, jusqu’à trouver sa configuration actuelle. Les zones « historiques » des Fiancés et des Mariniers ont ouvert en premier, suivies des Hautes Bornes quatre ans plus tard et des Tilliers en 1991. Une deuxième phase d’agrandissement concerne les Louvresses en 2011 puis La Garenne et Vallons de Seine, ouverts au public en 2013. Dix hectares supplémentaires qui portent la superficie totale à 87 hectares, faisant des Chanteraines le plus grand espace vert du nord du Département.

Aujourd’hui, le paysage a bien changé. Si le port est toujours là, les bâtiments de bureaux tertiaires ont poussé comme des champignons. Une chance pour les Chanteraines qui a vu sa fréquentation bondir. À l’heure du déjeuner, les joggeurs s’y pressent pour venir s’entraîner sur les buttes artificielles ou autour des pièces d’eau. Le week-end, c’est un public plus familial qui vient se détendre et admirer les panoramas, à l’écart visuel de l’autoroute pourtant toute proche. Le prolongement du T1 a fini de rendre le parc plus accessible avec ses deux stations qui desservent le site. En tout, près de deux millions de personnes viennent chaque année fouler les pelouses et flâner dans les allées bordées d’ormes, d’érables ou de charmes.

Les tortues de Floride vivent ici une seconde vie. Cette mare permet de contrôler la population de ces animaux, sans prédateur en France.©CD92/Willy Labre

L’eau, fil conducteur

Le paysage peut sembler morcelé. Mais les différents secteurs, séparés par les axes de communication, sont reliés entre eux par des passerelles et possèdent un point commun : l’eau. Le site est construit sur une ancienne zone humide et le nom champêtre de « Chanteraines » vient des rainettes, ces petites grenouilles vertes qui ont jadis proliféré et chanté ici avant de disparaître. Aujourd’hui, tout est fait pour rappeler ce passé. Les Tilliers et les Hautes Bornes possèdent tous deux mares et étangs. Les Louvresses s’inspirent de l’ancienne vocation agricole de la plaine de Gennevilliers avant son industrialisation. La Promenade Bleue, sentier pédestre et cycliste créé le long des berges de Seine, passe par le secteur des Mariniers tandis que la Garenne et Vallons de la Seine ont été aménagés en contrebas pour accueillir les eaux de pluie.

 
Le belvédère des Tilliers offre une vue imprenable sur Paris La Défense, la Tour Eiffel et le Sacré Cœur.©CD92/Willy Labre

Pour autant, chaque partie possède sa propre singularité. Avec trente-cinq hectares, les Tilliers, au sud, occupent pratiquement la moitié de la surface totale du parc. Lieu de baignade plébiscité jusqu’en 2008, l’étang a aujourd’hui été rendu à la faune et la flore. Si l’on est un peu patient, peut-être aura-t-on la chance d’observer grèbes huppées ou hérons sur les berges de l’étang. C’est l’un des points forts des Chanteraines : sa biodiversité. « La LPO (Ligue protectrice des oiseaux Ndlr) a recensé ici 120 espèces. Nous ne sommes pas loin de la Seine, cet étang possède beaucoup de ressources », explique Farid Chikh, le responsable des lieux. Le site a la chance d’accueillir l’une des plus grosses colonies de sternes d’Île-de-France avec une quarantaine de spécimens qui viennent s’installer ici quelques mois par an. Pour les admirer en toute discrétion et dans les meilleures conditions, plusieurs observatoires ornithologiques ont été installés à des lieux stratégiques avec vue imprenable sur les îlots flottants de l’étang. « Certaines personnes restent ici jusqu’à cinq à six heures par jour », poursuit Farid Chikh. Histoire de profiter des rives de l’étang en l’absence des oiseaux migrateurs, un jardin hivernal ouvrira en novembre prochain pour quatre mois. Ce sera le seul couloir piéton en contact proche avec l’eau sur le secteur.

Le nom Chanteraines vient des rainettes, ces grenouilles autrefois habituées des lieux.

Au nord, place aux Hautes Bornes avec son étang de 1,5 hectares et aux Fiancés. Le jardin « Ombre et Lumière » est conçu comme un jardin botanique avec ses fougères et ses camélias. Ses deux mares abritent l’espèce protégée du triton alpestre. Autour d’un plan d’eau surplombé par une cascade, les tortues de Floride se prélassent au soleil. Ces animaux exotiques ont été introduits en France suite à la mode des NAC (nouveaux animaux de compagnie) mais fréquemment abandonnés dans la nature. Elles sont donc capturées et nourries ici pour éviter leur prolifération.

Puis la Seine s’offre au promeneur avec les Mariniers, longs de deux kilomètres et demi. Bientôt, le contact avec le fleuve sera plus direct avec la disparition de l’estacade de cinq cents mètres près du pont d’Épinay, l’un des derniers vestiges du passé gazifière du site. Au bout de ce chemin, on tourne sur le secteur des Vallons de la Seine, dernier né des Chanteraines. Ses trois cents mètres de promenade relient la ville à la Seine avec une flore allant des prairies sèches à humides avec des espèces adaptées comme le saule. Cette parcelle permet également d’accéder aux équipements sportifs du stade Frédéric-Chazottes. En suivant la liaison verte, on accède directement aux Louvresses, aménagées en 2010 en plein cœur de la zone d’activités de Gennevilliers. Sur ce cheminement tout en long, on retrouve une série de parcelles mises en culture avec des céréales destinées à nourrir les animaux de la ferme. « Nous avons aussi des plantes messicoles comme le coquelicot, en voie de disparition », poursuit Farid Chikh. Sur cet espace  un projet original est en réflexion : la mise des parcelles à disposition un acteur extérieur au Département afin d’exploiter la culture de fruits et légumes. « Ce serait un clin d’œil à l’usage historique de cet espace qui accueillait auparavant des maraîchers le long de la Seine. »

Enfin le secteur de la Garenne et sa friche écologique naturelle abritent deux pensionnaires assez rares et protégés : l’hypolaïs polyglotte et la fauvette grisette, que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans le parc. Cette aire en contrebas est destinée à recevoir l’eau en cas de fortes pluies, voire de crues. Les pontons de promenade ont d’ailleurs été rehaussés dans ce sens. Fauché une fois par an, ce secteur accueille des plantes ne nécessitant que peu d’entretien comme les orties ou le roncier.

Le secteur des Fiancés se fait tantôt intimiste avec le jardin « Ombre et Lumière » et tantôt plus grand public avec ses larges allées, ses aires de jeu d’eau et ses pelouses.©CD92/Willy Labre

Un parc vert

Les espèces sont savamment choisies. Le parc a obtenu en 2012 le label EVE – Espace végétal écologique – signe de son bon comportement au quotidien. Mais les techniciens n’ont pas attendu cette date pour que le site entame sa transition verte. La vingtaine de personnes travaillant ici voient à moyen et long terme. Exeunt les espèces lointaines et exotiques, place aux essences locales plus spontanées comme le cornouiller ou l’érable champêtre. « Nous avons remarqué qu’avec le réchauffement climatique, ces essences étaient bien plus résistantes et moins stressées que les autres », note Farid Chikh. Pour déterminer les plantes qui s’adapteront le mieux au milieu, un travail a été mené sur la nature des sols. Les jeunes arbres au système racinaire développé, plus solides, ont été privilégiés. « Et pour les voir pousser… il faut juste être patient », confie Farid Chikh. Dans ce paysage cher aux impressionnistes du XIXe siècle, les agents agissent ici plutôt avec pointillisme. À travers quatre strates de végétation – pelouses, prairies, bosquets, boisements – adossées les unes aux autres, ils s’attachent à recréer par petites touches des corridors écologiques, c’est-à-dire des cheminements naturels dans lesquels les espèces peuvent circuler en toute sécurité. Ici, une haie le long de laquelle un renard pourra gambader, là un nichoir destiné aux espèces xylophages – qui se nourrissent de bois. « Le milieu humide est favorable aux insectes qui attirent à leur tour les oiseaux. Ainsi, les chaînes alimentaires se suivent et s’imbriquent », explique Stéphane Becker, responsable technique. Et ça marche : depuis trois ans, les Chanteraines voient par exemple s’installer toute une population de lérots, une espèce protégée et granivore proche du loir. « Pour la faune, c’est rassurant d’avoir ce type de continuités car cela permet un bon brassage génétique : les individus se retrouvent à la bonne période pour se reproduire », explique Alain Ramon, adjoint au responsable technique. Une frayère pourrait être installée aux Mariniers, permettant aux poissons et batraciens de se reproduire et une réflexion a également été menée sur l’usage des eaux pluviales, auparavant évacuées dans les réseaux existants. L’objectif aujourd’hui est de les faire « percoler » au maximum au sol, c’est-à-dire le traverser pour mieux l’irriguer et donc de limiter les apports extérieurs. À l’une des entrées du parc au niveau des Hautes Bornes, une plateforme de compostage destinée aux déchets verts a été créée. En huit mois, on obtient un produit qui sert ensuite de litière pour enrichir les sols. Et comme les bons comportements sont aussi ceux des visiteurs, le système de collecte des déchets du public a été revu : de deux cent cinquante poubelles disséminées sur tout le site, on est passé à douze stations de tri entre verre et déchets recyclables ou non. Bientôt, ce pourrait être l’ensemble des corbeilles du site qui pourraient être supprimées pour inciter les promeneurs à ramener leurs déchets chez eux. Enfin, les animaux de la ferme sont mis à contribution puisque les moutons sortent de leur enclos pour tondre naturellement la pelouse et le cheval tracte la carriole qui ramasse les déchets du site. L’herbe pousse désormais plus haut, ce qui a permis de réduire le nombre de tontes à la machine de vingt-cinq à moins de quinze par an…

Les Vallons-de-Seine, dernier né secteurs des Chanteraines, a été conçu pour recueillir l’eau en cas de fortes pluies et de crue.©CD92/Willy Labre
 
Un parc d’activités

Plus qu’un lieu de détente, le parc départemental est également un lieu d’activités. Dans leur cage, Bonnie et Clyde profitent de leur ration quotidienne de nourriture. On ne parle pas ici de dangereux criminels rattrapés par la patrouille mais de deux adorables lapins de Bourgogne, nouveaux pensionnaires de la ferme des Chanteraines. Installé en plein cœur des Hautes Bornes, ce site de deux hectares et demi offre un panorama singulier au promeneur, celui d’une bâtisse inspirée des fermes normandes du Vexin du XIXe siècle. Cent cinquante animaux d’une quinzaine d’espèces de basse-cour ont élu domicile ici. « Nous avons fait le choix du qualitatif sur le quantitatif, explique Cassandre Bourgeois, responsable soigneur animalier. Nous avons sélectionné des races régionales françaises comme le mouton solognot, les oies normandes ou encore un cheval de terroir dont il n’existe que cinq à six cents individus en France. » Six jours sur sept, la ferme est ouverte au public. Là encore, le mot d’ordre est le bien-être animalier. « Nous avons travaillé sur leurs rations alimentaires afin qu’ils retrouvent une bonne digestion et pour les soigner, nous évitons les antibiotiques et privilégions la phytothérapie, explique Julien Blondeau, le responsable de la ferme. Nous avons également mis au point des techniques pour éviter de traiter les sols, comme les faire nettoyer par les chevaux ou les vaches, plus résistants aux parasites. Cela se ressent au niveau de la mortalité des animaux : la dernière brebis qui est morte ici l’a été de vieillesse. » Un peu plus loin, sur une parcelle de 1 000 m2, le potager biologique avec ses variétés de légumes (artichauts, blettes, haricots, laitues, radis, carottes) et ses arbres fruitiers, tous cultivés en mode bio.

Dans ce paysage champêtre, le chemin de fer des Chanteraines peut paraître incongru. En quarante minutes, celui-ci sillonne le parc du nord au sud sur 5,5 km du pont d’Épinay jusqu’à la gare RER de Gennevilliers. Aux commandes de ces Bertha et autres Decauville, une trentaine de membres de l’association Chemin de fer des Chanteraines (CFC). Des passionnés d’histoire ferroviaire qui sévissent depuis 1981 dans le parc. « L’an dernier, nous avons exploité la ligne plus de trois mille heures et conduit 21 000 personnes », calcule Didier Meurillon, le président bénévole de l’association. Dans leur dépôt des Hautes Bornes, l’équipe s’active autour des locomotives pour fabriquer les rails un par un. Car au mois de septembre, le CFC fera un petit : un petit train miniature qui circulera grâce à la vapeur sur un circuit de 1,5 km au cœur des Fiancés.

Au bord de l’étang des Tilliers, un petit groupe s’affaire sur les terrains du CLJ 92 (Centre de loisirs jeunes), le seul des Hauts-de-Seine. Depuis 1991, des agents de la Police nationale remplissent leur mission de prévention éducative et de citoyenneté à travers des activités sportives et culturelles. Et la structure, qui accueille chaque année entre 1 700 et 2 000 jeunes de 10 à 18 ans, veut se servir des Chanteraines comme d’un immense terrain de jeu, tout en sensibilisant à l’environnement. « Ici, nous cohabitons avec la réserve ornithologique du parc, explique Gabriel Schneider, le directeur du CLJ 92. On respecte les phases de migration des oiseaux et on sensibilise les jeunes à la protection des espèces. » Le périmètre de pratique des activités nautiques est ainsi revu en fonction de l’année pour éviter de trop se rapprocher des zones protégées et les jeunes sont amenés à nettoyer l’étang et ses berges, à pied ou en kayak.

 
Tout au long de la journée, c’est un public varié qui vient fréquenter les Chanteraines : joggeurs des entreprises avoisinantes le midi ou les plus jeunes, venus observer de plus près les animaux de la ferme pédagogique.©CD92/Willy Labre
 
 

Un nouveau Chanteraines

Aujourd’hui, le parc des Chanteraines entame sa mue avec une série de travaux de rénovation. Tout d’abord sur le secteur des Tilliers qui va sensiblement gagner en verdure. Les allées en béton vont être réduites d’un mètre de largeur et des noues créées le long des cheminements en suivant la topographie du terrain pour récupérer les eaux pluviales. « L’idée est de désimperméabiliser cette surface minérale et de restituer de l’eau au sol », explique Farid Chikh. Le revêtement des sols va lui aussi changer grâce à un procédé tout à fait particulier. Sur près de deux hectares, l’ancien béton a été récupéré mais n’ira pas bien loin : direction l’aire de transformation située dans le parc. Là, une machine viendra broyer le matériau afin de le retransformer en béton qui sera réutilisé pour les nouvelles allées notamment un revêtement drainant installé près des aires de jeu. Il peut même être calibré pour fabriquer des gabions ou pour renouveler le ballast de la voie de chemin de fer des Chanteraines. Ces travaux permettront de gérer les pluies courantes sur une surface de 17 500 m2.

Au domaine des Hautes-Bornes, c’est un autre gros chantier qui se déroule. Lors des travaux initiaux, une bâche avait été installée au fond de l’étang pour garantir son étanchéité. Mais le temps ayant fait son œuvre, ce revêtement est désormais usé et poreux, entraînant fuites et baisse du niveau d’eau. La bâche sera donc remplacée et les berges totalement revues avec la création de nouvelles zones de plantations à base de plantes ripisylves se développant en bordure des cours d’eau.

 
Le parc étant construit sur une zone humide, les essences de plantes ont été choisies pour s’adapter à ce milieu particulier et mieux se développer.©CD92/Willy Labre

Les accès seront totalement transformés et sécurisés par des clôtures et des portiques. Ce lieu plébiscité pour le jogging verra sa vocation sportive renforcée avec un parcours sportif composé d’une trentaine d’agrès et de six stations répartis dans l’ensemble du parc. Le Département investit 2,8 millions d’euros pour ces rénovations. Puis viendra dans un dernier temps la construction de la passerelle reliant les secteurs des Louvresses et des Tilliers en passant par-dessus l’A86. Une fois ce nouveau cheminement construit, les salariés et promeneurs arrivant de la gare de RER de Gennevilliers pourront directement rallier la Zac des Louvresses. Quarante ans après l’ouverture, la boucle des Chanteraines sera bouclée. 

Mélanie Le Beller

Tonte des moutons dimanche 12 mai à la ferme des Chanteraines, journées portes ouvertes du Chemin de fer des Chanteraines les 18 et 19 mai et Rendez-vous aux jardins dimanche 9 juin.

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